— Ceci est un trait de génie, seuls vous auriez eu l’air de nouveaux mariés amoureux, et dame ! c’est un peu bébête ; ne lâche pas Didier, surtout.
— Sois tranquille.
Madame Baugé, tout attendrie, fit ses compliments à son fils.
— Mon ami, c’est délicieux de voir un jeune ménage entendre aussi bien l’existence ; ta femme peut bien dire qu’elle est heureuse, tu la traites comme une maîtresse, on ne connaissait pas ces bonheurs-là autrefois !
Et madame Baugé soupire de regret.
La question avait été traitée plus sérieusement entre Lolo et Didier : puisque malheureusement, pour le repos et la considération de Lolo, Baugé était une qualité qui ne pouvait être négligeable, il était préférable de lui donner un os à ronger, moyennant quoi Lolo assurerait sa liberté relative ; et un souper à trois ne pouvait avoir de réel inconvénient.
Une fois entrée dans la voie des concessions, Lolo a pensé qu’il fallait être jolie tout à fait, et n’y épargna pas la peine. Aussi lorsque sur le coup de minuit, ils pénètrent tous trois dans le cabinet particulier que Baugé a retenu dès la veille, il se croit réellement en bonne fortune et prend en regardant sa femme, des airs de fierté satisfaite qu’elle voit pour la première fois.
Lolo sans embarras ni étonnement s’assied sur le divan bas qui se trouve derrière la table, et d’une main leste fait passer un couvert en face d’elle, de sorte que les deux hommes lui font vis-à-vis.
Baugé proteste :
— Je t’en prie, laisse-moi m’asseoir à côté de toi.