— Non, ma chère, c’est inutile, il faut se maintenir dans les réalités. Quand votre portrait sera fini, je vous conseille de vous reposer un peu de Tristan et d’Yseult.
— Nous ferons de la théologie ensemble, madame, dit Didier.
— Ah ! oui, ce doit être bien intéressant, je suis convaincue qu’il doit y avoir un moyen de trouver un cas de nullité ; quand on pense que mon mari se mêle de demander à quelles heures j’irai poser chez Mousse ! Je vous avertis, n’est-ce pas, Mousse, que je défends qu’on le laisse entrer jamais : il verra mon portrait quand il sera terminé ; j’entends me faire peindre à ma manière, pas à la sienne ; je considère mes épaules comme ma propriété particulière, je le lui ai signifié ! Voyez-vous, ce sont les airs de propriétaire qui me mettent hors de moi. Qu’est-ce que c’est, en somme, pour moi, que M. d’Haspre ? Un monsieur quelconque avec qui le hasard m’a mise en rapport ; on ne me fera jamais croire que des phrases prononcées par un autre monsieur quelconque peuvent lui donner le droit de me défendre de penser à ma guise, et me forcer de ne trouver que lui de beau au monde ! Mais c’est un conte de Croquemitaine ces histoires-là, et il est en furie quand je le lui dis ; mais je ne le regarde pas du tout comme ma propriété, moi !
— Vous avez raison, madame, mille fois raison ; nous vous affranchirons, et vous serez belle comme vous l’entendrez, et pour qui il vous plaira.
— Je ne demande pas autre chose. Je ne veux pas de mal à M. d’Haspre, seulement, qu’il ne s’occupe pas de moi.
— Le fait est, acquiesce madame de Vaubonne, que le mariage n’est admissible que de cette façon ; mais il faudra réfléchir, croyez-moi, Paule ; vous pourriez trouver cela gênant de ne plus avoir de mari : ils ont leur utilité.
— Je n’en vois aucune !… Tenez, si je ne change pas de robe pour déjeuner, il ne dira rien, mais il fera une tête !… Qu’est-ce qu’elle a d’étonnant, je vous le demande, ma robe ? Si je montre mon cou à un valet de pied, le matin, il me fait des scènes, et, le soir, c’est tout simple… ils sont fous, tout bonnement, ils pensent toujours à mal.
Et là-dessus, Jacques Mousse, plus ténébreux qu’à l’arrivée, se lève le premier pour prendre congé.
— Dites, madame, quand commençons-nous ?
— Mais, demain, mon ami, si vous voulez.