Mousse, qui, l’œil noyé, s’est rencogné dans son coin et depuis un moment brise sans merci les feuilles d’émail d’un gardénia délicat dont la senteur subtile flotte dans l’air, répond de la voix d’un homme qu’on va mener pendre :

— C’est mon avis.

— Mon cher Mousse, dit madame de Vaubonne, vous aussi, vous devriez faire de la bicyclette. Vous avez l’air trop sombre ; nous ne pourrons pas vous permettre de continuer le portrait de madame d’Haspre ; la tristesse est nuisible à la beauté.

— Non, chère, n’ayez pas peur ; le désespoir amoureux ne m’afflige pas, j’en ai l’habitude. Mon mari l’est bien, amoureux de moi… c’est pour cela qu’il m’ennuie tant. Ah ! Didier, vous ne pourriez pas creuser mon cas théologiquement…

— Je chercherai, madame, je chercherai ; j’entrevois des possibilités !…

— Mon ami, vous me rendez la vie ; ne plus être obligée de rentrer en voiture le soir avec quelqu’un qui m’agace !… Imaginez-vous que nous n’avons pas un avis en commun ; toutes ses admirations m’horripilent ; heureusement qu’à l’Opéra je l’ai dans mon dos ; du reste, il trouve toutes mes appréciations inconvenantes… c’est charmant ; il dit que mes béatitudes l’agacent ; c’est au sujet de Tristan et d’Yseult qu’il a tenu ce joli propos.

— Mais, madame, intervient humblement Mousse, si vous aimez Tristan, vous ne détestez pas tant l’amour ?

— D’abord, mon ami, c’est l’amour coupable ; ensuite, Tristan meurt, n’est-ce pas ? Je veux bien qu’on meure pour moi.

— Mais à quoi cela vous servirait-il, madame ?

— Mais peut-être à me faire vivre ; en principe, je n’y ai pas d’objections, et vous, Roseline ?