— Ah ! madame, laissez-la en paix, gémit Mousse, laissez-la penser à son portrait.
— Oui, dit Didier, faisons d’abord son portrait, parlons-lui de Tristan.
— Du reste, continue Paule, rien ne me fera jamais aller à bicyclette. Mon mari en a la rage : il voudrait venir avec moi ; ce serait insoutenable.
— Qu’est-ce que cela vous ferait ? dit Roseline ; ne vous en occupez pas !
— Mais il s’occupe de moi… c’est une manie… Et dire qu’il y a des femmes qui ont le bonheur de se démarier !…
— Ah ! voyons, dit Didier, vous n’allez pas vouloir divorcer ! c’est du dernier vulgaire.
— Non, mon ami, pas divorcer… mais voir mon mariage annulé, c’est mon rêve ; j’y réfléchis tout le temps que Charlotte récite ; pensez donc ! ne plus avoir de mari ! se dire par le fait qu’on n’en a jamais eu ; je trouve cela une situation ravissante !
— Peut-être, dit Roseline ; mais quel prétexte pourriez-vous prendre ?
— C’est là l’obstacle, soupire Paule, s’affaissant délicieusement dans sa belle robe blanche et laissant traîner ses doigts sur la fourrure caressante ; il paraît que la répugnance ne suffit pas ; c’est barbare, ça !
— Il est bien certain, dit Didier, que les lois actuelles du mariage répondent à un état de société absolument éloigné de la véritable civilisation ! Les abeilles sont plus intelligentes : elles ont au moins leurs reines affranchies de toutes les servitudes. Notre belle amie est une reine parmi les abeilles ; son seul devoir est d’être belle, n’est-ce pas Mousse ?