— Et si vous saviez comme elle écoute ! grince Jean Mousse, qui tombe, brisé d’émotion contenue, sur une chaise basse.

— Voyons, mon ami, ne vous exaltez pas tant, dit Roseline doucement. C’est une idée impayable, ma chère ; où l’avez-vous prise ?

— Voilà ! mon mari avait la rage d’entrer pendant qu’on m’arrangeait le matin ; j’avais essayé de ne pas le regarder, de causer en allemand avec Charlotte. Cela ne le faisait pas partir, mais du jour qu’elle s’est mise à réciter, il n’a pas pu y tenir… C’était aussi trop épouvantable de commencer la journée en entendant ses histoires.

— Ah ! exquise madame, que vous êtes géniale ! dit Didier. C’est une joie de vous idolâtrer, mais je comprends ce pauvre d’Haspre ; cette vêture blanche est d’un suggestif !

— Mon pauvre ami, où prenez-vous vos expressions ? je m’habille en blanc parce que j’entends mieux la poésie lorsque je porte cette couleur.

Roseline de Vaubonne, qui s’est levée et est debout entre les trois miroirs, occupée à ranger de sa main fine les plis de sa large culotte, incline approbativement la tête :

— Paule a raison ; ainsi, habillée, comme je le suis en ce moment, impossible d’entendre des vers.

— Mais c’est certain, confirme Paule.

— Alors, votre entendement dépend de vos costumes, demande Didier.

— Très assurément, dit Roseline ; il n’y a que les brutes qui soient insensibles à ces choses ; aujourd’hui, quand je veux avoir une petite explication sérieuse avec Armand, j’endosse ma tenue de bicycliste ; j’ai une décision là dedans !… il sait que c’est inutile de me tenir tête ; vous avez bien tort, Paule, de ne pas vous décider à adopter la bicyclette ; cela procure des idées claires et nettes ; on sait joliment bien ce qu’on veut quand on a pédalé jusqu’à Saint-Germain.