Et, dans son exaltation croissante, Jean Mousse secoue son mouchoir, afin de respirer les odeurs qui l’inspirent d’ordinaire ; puis, familièrement, il se saisit de la tête de Paule, la renverse légèrement, lui pose une main sur l’épaule et la contemple ! répétant d’une voix saccadée :

— Dites-lui donc de recommencer…

Deux mots en allemand et mademoiselle Charlotte est repartie… Elle dit les affres de Tristan, les vouloirs d’Yseult, elle dit la mer mystérieuse et déserte…

Cela dure ainsi un bon moment ; puis la porte s’ouvre après un petit heurt familier et livre passage à Roseline de Vaubonne en costume de bicyclette ; elle s’arrête un instant, interdite à la vue du groupe singulier ; puis, comme le sentiment d’étonnement ne lui est pas naturel, elle se reprend vivement, et de sa voix posée, comme si elle faisait la question la plus ordinaire :

— Est-ce qu’il allait vous couper la gorge, Paule ? Alors, nous sommes arrivés à temps, car Didier est là : il peut entrer, n’est-ce pas ?

— Ah ! madame, ne parlez pas, gémit Mousse qui n’a pas bougé, je vais perdre son expression.

— Tant pis, mon pauvre maître, vous la dévorerez des yeux un peu plus tard ; vous allez la faire tomber en catalepsie. Vous voulez donc la représenter en extase !

Madame de Vaubonne, très droite et délurée dans son costume sombre, s’assied sur un étroit canapé canné garni de coussins mous, couverts de soies irisées.

— Et qu’est-ce que Charlotte faisait ici ? demande Didier, comme la femme de chambre, coulant contre le mur, se glisse sans bruit au dehors ; était-elle là pour la morale par hasard ?

— Non, Didier… elle me récitait Tristan et Yseult ; elle me récite toujours du Wagner en me coiffant…