— Je vous ai trompée !… et en quoi, s’il vous plaît ?

Dans son indignation, M. d’Haspre s’est levé et se met à marcher de long en large devant sa femme.

— Mais en tout : j’aurais pu croire que vous étiez le monsieur le plus doux, le moins exigeant… Je croyais même que vos cheveux frisaient naturellement.

— Vous plaisantez, Paule !…

— Jamais je n’ai été plus sérieuse. Une jeune fille est toujours trompée sur l’homme qu’elle épouse. Je n’ai jamais entendu parler que d’un seul honnête homme : c’est ce marquis savoyard qui s’est fait voir à sa fiancée dans ses plus vieux habits, sa barbe pas faite, et de mauvaise humeur, et qui l’a avertie qu’il était souvent pire… Avez-vous fait cela, vous ? Vous ai-je jamais vu avec la tête que vous rapportez du cercle quand vous avez perdu, par exemple…? etc., etc…

— Alors, vous êtes mécontente de moi ?

— Je crois ne vous avoir jamais laissé supposer que j’étais folle de vous.

— Sans doute… mais enfin vous m’acceptiez… et maintenant…

— Mon ami, je me refuse de plus en plus au devoir conjugal, car voilà ce que vous voulez dire, n’est-ce pas ? Est-ce que cela ne vous donne pas envie de vous débarrasser de moi ?

— Non, mais cela me donne envie de vous briser…