Et d’Haspre blême et furieux se penche au-dessus de la jeune femme. Elle le regarde si tranquillement qu’il s’arrête, glacé…

— Si nous en restions là de notre entretien, dit Paule ; c’est peut-être assez pour ce soir.

— Faites-moi la faveur de me donner quelques minutes encore ; à supposer que par une folie réciproque je prête la main à rompre notre mariage, vous êtes-vous bien rendue compte de la situation que vous auriez.

— Admirablement.

— Vous ne pourriez certainement pas compter sur l’appui de votre famille… vos parents sont désolés, je dois vous le dire, de l’attitude que vous avez prise vis-à-vis de moi.

— Oui, je sais, ils apprécient beaucoup la façon dont votre fortune est placée, et puis, ils ont des idées vieille perruque… ce serait une crise pour eux, comme l’influenza, mais ils se remettraient.

— Et le monde, le monde auquel vous appartenez, croyez-vous que dans la bonne compagnie on continuerait à vous recevoir ?

— Sauf quelques maisons droguantes où je serai enchantée de ne plus aller… oui ; et puis, du reste, j’aurai toujours la ressource de me remarier… une jolie femme comme moi n’est jamais embarrassée. Que voulez-vous, mon pauvre ami ? il m’est impossible de croire que j’ai été mise au monde uniquement pour votre agrément ; voilà six ans que je suis votre propriété, ou que vous me le dites… j’en ai assez.

— Mais, Paule, je vous aime, enfin.

— Non, mon cher, non ; le sentiment que je vous inspire n’a rien de commun avec l’affection, vous avez pour moi le goût qu’on éprouve pour un plat qui réveille l’appétit… j’en suis fâchée, mais je ne vous en ai pas la moindre reconnaissance… vous vouliez me faire souper avec vous… pourquoi ?… vous le savez… ça ne me touche aucunement.