L'enfant s'est reculé un peu, et, levant le bras en montrant la campagne au dehors :
— Dame Irène, le monde est bien grand… mais le bien que je te veux est encore plus grand que le monde!
Et il s'est précipité tête baissée sur la poitrine d'Irène en poussant comme un cri de triomphe. Elle avait pâli, et des larmes roulaient dans ses yeux. Elle a seulement répété :
— « Le bien que tu me veux » ; oui, il faut m'en vouloir beaucoup!…
Donna Angela qui n'a qu'un besoin sur terre, aimer et consoler, a été émue du son de voix d'Irène, et elle s'est rapprochée d'elle. Elle s'explique toutes ses tristesses par son regret de n'avoir pas d'enfant ; aussi a-t-elle dit, se figurant répondre à sa pensée :
— Il vous en viendra un, j'en suis sûre, chère : il faut le demander à Dieu.
— Qu'est-ce qu'il faut demander à Dieu? a interrogé Gino dont le ton naturel est celui du commandement.
— Rien, amour, rien, a répondu Irène ; viens me parler.
— Oui, je veux bien parler avec toi.
Cet enfant, évidemment, n'est nulle part plus heureux que près d'Irène, elle exerce sur lui une attraction que ne possède pas sa mère : il arrête sur elle des yeux d'adoration ; et l'on sent qu'il la voudrait à lui seul ; — l'attention incessante et la parole lente de sa tante l'importunent et lui causent comme de l'impatience.