Voici que je viens d'entendre soudain un chant d'oiseau, tout mon être a vibré avec cette voix qui monte, et du fond de mon cœur s'élancent les tendresses qui y dorment.

Irène me dit sans cesse :

— Parle-moi, Claudia, ne me laisse pas songer à eux ; dis-moi ta vie, dis-moi ton amour.

Et je lui ai découvert mes joies, je lui ai lu quelques-unes de tes lettres : ces dernières, qui sont si douces, et dans lesquelles tu trouves des mots incomparables pour rassurer mes alarmes, et me répéter que tu me gardes ta tendresse. Tu m'écris que mon souvenir est avec toi comme un parfum précieux qui embaume ce qui t'entoure, que tu le respires partout, que tout te paraît fade et triste en regard de nos heures d'amour!… Irène m'écoute, et lorsque je veux m'arrêter, craignant de meurtrir son cœur, elle me fait signe de continuer ; son visage grave et affectueux demeure tourné vers moi avec une attention passionnée, des larmes qu'elle refoule embrument l'éclat de ses prunelles noires, sa lèvre supérieure se soulève, et entre ses dents serrées s'exhalent de courts soupirs. J'éprouve, à la voir malheureuse et dédaignée, cette sorte d'horreur dont me remplirait le spectacle de fleurs rares et magnifiques souillées de sang. Elle paraît tellement faite et créée pour l'épanouissement de toute la joie d'amour qui est en elle!… L'autre jour, en la regardant, gracieuse comme une jeune immortelle, descendre presque en volant les marches du perron, je n'ai pu me défendre de lui demander :

— O mon Irène, ne voudrais-tu pas être libérée de cette pensée qui te fait toujours souffrir, ne veux-tu pas essayer d'oublier?

Elle s'est arrêtée net, posée comme un oiseau qui écoute, et m'a répondu :

— Oui, Claudia, aujourd'hui je le voudrais ; mais je ne peux pas… La nuit, lorsque je ne dors pas et que je pense à lui, il me semble que des mains cruelles me broient le cœur, et cela me fait si mal, si mal… O Claudia, j'aurais tant aimé être heureuse, heureuse comme toi!…

Sa plainte m'a percé le cœur.

LXV

Les femmes qui enfantent dorment entre les crises qui les brisent, puis se réveillent pour recommencer leurs plaintes. Irène, de même, au bout de quelques jours, dans l'atmosphère paisible, bercée par le silence extérieur, a paru se reprendre et goûter un calme bienfaisant ; l'extrême fatigue de son âme la privait presque de la force de sentir ; mais soudain, comme réveillée d'un sommeil réparateur, elle a paru revenir à un sentiment plus aigu de la réalité. Au besoin d'être continuellement à mon côté a succédé un désir de solitude, et quand elle en sort c'est pour s'attacher à moi avec une sorte de passion, me conjurant de ne pas la laisser partir.