La première réception de la Grande-Duchesse avait toujours un cachet particulier d'intimité; le corps diplomatique y était plus spécialement reçu, et la princesse se faisait un devoir de s'informer en détail comment chacun avait passé l'été, et il n'y avait pas de meilleur moyen de faire sa cour que de pouvoir accuser un séjour à Hoffnungbad, source iodurée, bromurée, potassée, découverte sous le patronage immédiat de la princesse et où le Grand-Duc allait religieusement, pendant vingt jours, boire le nombre de verres voulu et présider en personne la table d'hôte de l'hôtel du Prince Max. Madame de Glouskine, pour sa part, n'avait pas voulu en entendre parler; aussi de Bove, son confident, lui dit le matin de la réception de la Grande-Duchesse:
—Voilà, si vous aviez été à Hoffnungbad, vous seriez sûre de votre affaire.
—Ah! pourquoi? est-il trop tard? J'irai avec joie; mais, de Bove, j'ai une idée.
—Serait-ce celle de me trouver nécessaire à votre bonheur?
—Non certes; cela vous ennuierait, et moi aussi. Persuadez-vous une bonne fois qu'il n'y a au monde qu'un homme nécessaire à mon bonheur, et que cet homme est mon mari; car, mon cher de Bove, vous seriez ambassadeur demain, qu'est-ce que j'y gagnerais?
—Eh bien! et le cœur, qu'est-ce que vous en faites?
—Je lui fais faire de la diplomatie, et il s'en trouve très-suffisamment occupé.
—Aussi vous serez ambassadrice, vous, si je ne suis pas ambassadeur.