Le comte Benparlato, l'envoyé de la famille, vint le premier l'informer que, tout en devant des égards à une compatriote de fort bonne maison et dont le mari allait faire occuper à T... une position officielle, elle devait cependant se tenir sur la réserve: madame Della Primavera n'était que trop charmante, d'un entrain séduisant, certainement, mais elle acceptait depuis plusieurs années les hommages du jeune Buencasa, garçon d'avenir, qui avait quitté l'armée pour les beaux yeux de la Primavera, disait-on; en un mot, ce n'était point du tout une de ces personnes irréprochables, dignes de l'intimité d'une jeune et illustre princesse.

La petite princesse écouta patiemment l'excellent ministre plénipotentiaire, l'assura qu'elle était toujours ravie de l'entendre, et lui demanda des nouvelles de son cuisinier, lequel cuisinier était la consolation de la vie du comte Benparlato et le lien visible de tout le corps diplomatique, unanime sur ses mérites.

Madame d'Altenhauss, le jour fixé pour la présentation de madame la marquise Della Primavera, représenta vivement à Son Altesse Royale l'honneur de sa haute position et la retenue extrême dont elle devait user vis-à-vis d'une personne... une très-grande dame, sans doute... et charmante, à ce qu'on disait..., mais sur laquelle, malheureusement... enfin, le monde est très-méchant... mais il n'en était pas moins du devoir de la baronne d'Altenhauss d'éclairer l'inexpérience et la jeunesse de Son Altesse Royale, qui savait, du reste, son dévouement, etc., etc. La princesse l'embrassa, lui dit qu'elle était la perle des dames d'honneur, et qu'elle l'adorait.

Le chambellan, secrétaire des commandements Sussenlippe, qui se réservait le domaine intime du scandale, revu et corrigé, et mis à la portée d'une jeune princesse, ne manqua pas de placer plusieurs petites anecdotes charmantes, mais qui prouvaient efficacement que le jeune Buencasa jouait un rôle trop proéminent dans l'existence de la belle marquise.

L'illustre docteur Grossedenke ne l'ayant pas vue, ne put, en faisant sa visite officielle, rien ajouter; mais le bon maître de musique, par contre, fut en mesure d'informer Son Altesse Royale qu'on disait... on lui avait répété que madame la marquise de Primavera chantait comme un ange. En dernier ressort, la princesse interrogea d'elle-même son illustre époux, le prince Hermann: il avait déjà eu l'occasion de rencontrer la marquise; il l'avait vue la veille à l'Opéra.

—Jolie?

—Superbe.

—Ah! tant mieux! Je déteste les femmes laides.