[PREMIER DE L'AN DIPLOMATIQUE]

I

GRAND GALA.

Le premier jour de l'année, le palais prend sa mine des grandes solennités: les factionnaires sont choisis avec soin parmi les beaux hommes d'un régiment d'honneur; à la grille, deux cuirassiers montés sont immobiles sur leurs lourds chevaux noirs; leur éclatant uniforme, le miroitement de leurs cuirasses fait une tache claire sur le fond sombre de l'atmosphère brumeuse...

Le long de l'allée qui mène de la Grande-Place à la grille du palais, les curieux stationnent, et chaque voiture qui apparaîtra sera reconnue et saluée tout de suite. Partout le peuple a ses préférences parmi les diplomates, et la personne des ambassadeurs est pour beaucoup dans ces sympathies inconscientes. A N..., le corps diplomatique est nombreux et bien représenté. D'abord:

LA FRANCE.

Personnel d'ambassade nombreux sans l'être trop, tous de jeunes hommes avec un chef qui n'a pas atteint la cinquantaine; l'ambassadeur est diplomate de race; fils d'un ambassadeur, il a été élevé dans les chancelleries et se pique, malgré les temps, de maintenir entières toutes les bonnes traditions. Il sait fort bien que rien n'est détail là où tout le monde vous observe, et est à la fois préoccupé des plus graves questions et de la tenue de son chasseur: il le veut aussi étincelant et pourtant aussi sérieux que possible; lui-même s'est étudié longtemps pour apprendre à porter l'uniforme avec la perfection à laquelle il était arrivé: être en gala, n'en avoir pas la mine tout en ayant la tenue. De sa personne, notre ambassadeur est un peu court et trapu; les cheveux et la barbe noirs, coupés presque ras; l'œil à fleur de tête, ouvert et intelligent; une figure enfin qui fait dire à l'étranger: Voilà un Français; a grand air sous l'uniforme. Une pelisse fourrée, posée en arrière sur les épaules, fait ressortir le brillant des plaques et le rouge vif du grand cordon qu'il porte au col. Son Excellence tient à la main son chapeau à plumes et s'en sert comme personne.