Conseiller, secrétaire et attachés entourent leur chef; tous très-corrects, peut-être trop, avec un je ne sais quoi de roide sous l'uniforme un peu sombre, sans assez de dorure, et un collet d'une envergure trop militaire.
Le conseiller est d'un mérite distingué, avec cet esprit gouailleur qui, endormi parfois quand on est chez soi, renaît de plus belle dans le milieu étranger; galant sans en avoir l'air, très-posé à N.., il est de tous les dîners; du reste, assez critiqueur, ce qui est un charme.
Le premier secrétaire est un ambitieux aimable, pense énormément à la carrière, à l'avancement et aux dépêches; aussi, il a plus de croix que les autres, car il s'est arrangé à obtenir un grand cordon du khan de Tartarie, et ce ruban jaune pâle le pose étonnamment; extrêmement respectueux de son chef et de la hiérarchie en général.
Les attachés sont de jolis garçons qui espèrent quitter la carrière le jour du mariage, qu'on prépare pour eux pendant qu'ils acquièrent des mérites en se promenant à l'étranger; aussi, sont de fort médiocres diplomates; de l'uniforme, aiment assez l'épée.
L'attaché militaire est pris et se prend très au sérieux, fait trop de rapports, est souvent de mauvaise humeur, mais, aux cérémonies, parfait de tenue et de réserve.
A l'heure fixe, Son Excellence monte dans sa grande voiture vert sombre, à housse pareille, toute rehaussée d'argent étincelant qui éclaire aussi la livrée des hommes et couvre les lourds harnais: les chevaux noirs ont de magnifiques pompons cerise; ils vont d'une belle allure, et quand la voiture apparaît à la vue des badauds, le conseiller d'ambassade, qui observe officiellement l'attitude des curieux, en est content: il y a encore de beaux jours pour le prestige.
L'ANGLETERRE.
L'ambassadeur de Sa Majesté Britannique est accompagné de la plus aimable ambassadrice, qui corrige par ses grâces naturelles les distractions et les roideurs de Son Excellence, le diplomate le plus préoccupé de la «paix de l'Europe», à laquelle son excès de zèle fait souvent courir de véritables dangers. L'ambassadeur est magnifique et dépensier, se croyant tenu à cela comme au reste, et voulant toujours représenter avec toute la noblesse et la grandeur possible son auguste souveraine; il porte mal l'uniforme, dont aucune décoration ne relève l'éclat; mais pour faire grand effet, il compte avec raison sur sa superbe voiture à coffre jaune, son magnifique cocher en perruque, tricorne et livrée ventre de biche, toute garnie d'or, et ses hommes à bas roses, à culotte de peluche noire, à chapeaux tout cordés d'or et leurs grandes cannes de parade penchées correctement.
Tous ces messieurs de l'ambassade anglaise sont mariés, sauf le premier secrétaire, et, lui excepté, ils n'ont d'autre ambition que de mener, autant qu'ils le peuvent, une vie de famille et d'oublier qu'ils sont à l'étranger; pour tous, mettre l'uniforme est une cruelle punition, et de tout le corps diplomatique, ce sont eux les plus embarrassés de leur épée et du chapeau empanaché; en général, saluant mal avec une gaucherie fière, mais toujours parfaitement gentlemen.