—C'est toujours regrettable pour une femme.
Nouveau silence rempli de méditation de part et d'autre; car, au bout de quelques secondes, elle dit d'une voix tremblante:
—Comme vous êtes bon pour moi, monsieur!
Raffinay souhaita du fond du cœur que M. Théodore Jacob passât plusieurs jours en prison.
Ce déjeuner fut une surprise et un plaisir tels que le pauvre Théodore, dans son cachot, fut légèrement oublié. Le jeune homme fut respectueux, galant, empressé, et cela fit trouver les bons baisers sonores de M. Jacob un peu vulgaires. Elle qui, toute sa vie, n'avait vécu que dans des intérieurs cossus, il est vrai, mais strictement simples et bourgeois; elle dont le nouvel appartement, qui lui avait paru délicieux avant de quitter Paris, était meublé sans l'ombre d'une prétention au bon goût, se trouva soudain parfaitement à l'aise, au milieu de ce fouillis riche et élégant; les gravures, les tableaux, les livres, les armes, les potiches, les soies diverses, les portières baroques lui parurent les accessoires les plus naturels. Son chez elle lui sembla hideux en souvenir, et elle se jura que son appartement ressemblerait à celui qu'elle voyait; on lui en fit connaître tous les trésors; il remua, bouleversa, lui montra tout ce qui pouvait l'amuser; elle y allait avec la bonne foi d'une pensionnaire, répétant naïvement:—Je n'ai jamais rien vu de si joli. Et elle commença à comprendre qu'il y avait des raffinements d'existence que Théodore ne connaîtrait jamais.—Pauvre Théodore! elle ne l'oubliait cependant pas, car, à chaque pause, elle hasardait:
—Mon mari, monsieur, mon mari, n'oubliez pas que dans une heure.....
—Soyez sans crainte, madame, il faut nécessairement attendre les réponses à nos dépêches; vous êtes moins inquiète, j'espère: vous voyez que rien n'est épargné pour arriver au résultat que vous désirez; mais, en attendant, il faut vous distraire... La tristesse pourrait vous rendre malade, et ce n'est pas ce que désire M. votre mari. Certainement cette séparation est pénible, mais elle ne durera pas, tandis qu'il y en a d'autres qui peuvent être bien douloureuses..., et dont il n'est pas donné de voir la fin...
Cette délicate allusion ne fut pas perdue, mais madame Théodore Jacob n'avait encore lu que les romans du Journal des demoiselles, et elle ne sut comment la relever; elle comprenait seulement très-clairement qu'il fallait être triste et malheureuse quand on a son mari en prison et au secret.
—Une promenade à la campagne vous ferait du bien, madame.
—Oui... mais...