Vincent, ayant sur le visage une expression effrayante, tant on sentait l'horrible effort qu'il faisait, se rapprocha de Mme d'Épone :
— Vous le voulez? dit-il très lentement.
— Oui, je le veux. Partez, partez et ne revenez pas ; obéissez-moi, je vous en conjure.
— Oui, je vous obéirai.
Et, sans se soucier de Raymond, il lui prit la main, la baisa, et, sans un autre mot, il disparut dans la nuit.
Mme d'Épone s'était assise, et sa main frémissante rattachait ses cheveux. Le sang coulait lentement d'une blessure qu'elle s'était faite en tombant contre une des petites pelles de Sabine, et elle essayait de l'étancher ; ses lèvres tremblaient horriblement aussi ; mais elle leva des yeux assurés sur son gendre et d'une voix qu'on pouvait à peine entendre :
— Je vous demande, Monsieur, de ne pas faire de scandale ; pour ma fille, pour votre femme. Il va s'éloigner, vous l'avez entendu. Elle est malade, au lit depuis cinq heures avec un fort refroidissement et un mal de gorge ; le médecin est venu ce soir ; elle a besoin de moi ; dans quelques jours, je partirai ; je trouverai une raison.
— Je ne veux pas, je ne veux pas que vous l'approchiez. Ah! quand je pense! Ah! la pauvre ange, la chère créature! Oh! j'ai pu croire une minute… car je l'ai cru…
Et se mettant à genoux :
— Je te demande pardon, ma femme, dit-il.