Et il éclata en sanglots convulsifs. Ils durèrent un bref moment, puis il releva la tête :

— Oui, je comprends ; pour elle, pour elle, il ne faut pas de scandale.

Et, frottant une allumette, il promena la flamme autour de lui. Le visage de Mme d'Épone l'épouvanta, et il aperçut le sang qui coulait sur son front.

— Vous êtes blessée?

— Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse! Rentrons, s'il vous plaît.

Elle sortit la première, suivie de Raymond, puis tourna la tête :

— Effacez un peu la trace des pas, dit-elle. Et, sans plus s'inquiéter, elle continua sa route.

Ils se rejoignirent devant la petite porte qu'il ouvrit, entra et se retrouva au milieu des objets familiers qu'il avait quittés quelques heures auparavant, avec le sentiment d'avoir vécu une vie depuis.

Sans échanger une parole avec lui, Mme d'Épone avait monté l'escalier, et il entendit le bruit de son verrou ; puis, la maison retomba dans le silence.

Lui, était incapable de bouger, presque incapable de penser ; il alluma les bougies de son fumoir, et comme un enfant désolé, cacha son visage sur les coussins du canapé. Quelque chose venait de sombrer en lui, et il souffrait vraiment pour la première fois de sa vie. Il souffrait d'abord comme d'une honte atroce, comme d'une souillure secrète mais ineffaçable, d'avoir soupçonné sa femme, sa Berthe, la chère pure épouse ; d'avoir cru qu'elle, elle pouvait aller la nuit, à pas furtifs, chercher dans les bras d'un autre des baisers criminels. Il avait vu le mouvement de ces deux êtres se rapprochant, se jetant sur la poitrine l'un de l'autre, et il avait senti à cet instant-là comme la pointe d'un poignard aigu s'enfonçant dans son cœur. Oh! si cela avait été vrai! Si cela avait été elle! Il l'aurait tuée ; jamais il n'aurait pu survivre à cette douleur, jamais… mais elle était là, là-haut dans leur chambre, incapable d'imaginer ce qui se passait si près d'elle. Cette femme qu'il avait crue une sainte! Il se rappelait maintenant mille petites choses et se demandait comment il avait pu être aussi aveugle. Vincent l'avait toujours recherchée ; combien de fois ne l'avait-il pas vu assis à côté d'elle, et souvent, depuis quelque temps, il lui avait trouvé l'air inquiet. Pauvre malheureuse! Une pitié s'emparait de lui, mais une pitié méprisante. Il était profondément humilié, car il avait toujours été fier d'elle, et il l'avait aimée comme un fils. Aussi de grosses larmes coulaient sur ses joues. Oh! il chérirait sa Berthe plus que jamais ; elle n'aurait plus que lui ; comme elle serait triste de l'abandon de sa mère qu'on ne pourrait pas lui expliquer! Pauvre petite!