En arrivant au Grez, Mme de Fontanieu demanda immédiatement Mme d'Épone ; celle-ci, après l'avoir fait attendre un peu, parut avec un visage qu'elle s'efforçait de composer, mais dont elle ne put dissimuler les véritables ravages causés par une nuit d'atroce angoisse ; il y avait dans sa pâleur, dans l'éclat de ses yeux, quelque chose de si poignant, que la marquise resta interdite, absolument persuadée, dès cet instant, que le prétexte de la maladie cachait un drame intime :

— Vous êtes bien bouleversée? Qu'a donc Berthe? La lettre de Rollo m'a épouvantée : elle allait si bien hier.

— Oui, je suis tourmentée ; elle a un fort mal de gorge et beaucoup de fièvre.

— Puis-je la voir?

— Non, je ne crois pas ; à cause de vos enfants ; le docteur ne se prononce pas.

— Je vous en prie ; laissez-moi la voir, je n'ai aucune crainte, et j'approche, tous les jours, des pauvres gens qui ont toutes sortes de maux. Où est Rollo?

— Auprès de sa femme.

— Permettez-moi de monter, je vous en prie.

Il parut à Mme de Fontanieu que Mme d'Épone devenait plus pâle encore ; cependant elle la précéda d'un pas assuré, s'arrêta à la porte de sa fille, l'ouvrit doucement.

— Veuillez attendre une seconde, dit-elle à la marquise.