Mme de Gosselies, triomphante, monta en voiture pour annoncer la surprise à sa fille. Elle fut stupéfaite, quand, au lieu de la joie qu'elle attendait, Mme d'Épone lui dit, avec une sorte de gêne, que son médecin lui conseillait le Midi, qu'elle croyait qu'elle allait y aller :

— Tu feras très bien ; après le départ de tes enfants.

— Non, je crois que je partirai cette semaine ; je les ai vus il y a peu de temps ; Berthe sera très heureuse d'être avec toi.

Mme de Gosselies n'insista pas, véritablement alarmée sur l'état de sa fille :

« Ou elle perd l'esprit, ou il s'est passé quelque chose que j'ignore ; mais j'en aurai le cœur net de suite. » Et, le lendemain, Rollo recevait une brève dépêche de Mme de Gosselies, l'appelant auprès d'elle pour une affaire d'importance elle avait soin d'ajouter : « Rien de santé. »

CHAPITRE XXVI

Mme de Gosselies avait connu peu d'insomnies causées par l'inquiétude ; la vie lui avait toujours été clémente, et elle s'était d'office épargné les sollicitudes exagérées ; mais le changement de sa fille rentrait dans les choses tellement extraordinaires qu'elle ne put fermer l'œil, attendant avec une impatience pénible l'arrivée de son petit gendre.

Elle avait tout préparé afin de causer librement avec lui et être à l'abri des interruptions ; elle avait écrit à Mme d'Épone qu'elle irait la voir afin de prévenir une visite possible. Raymond apportait un visage anxieux, se demandant ce que Mme de Gosselies pouvait bien avoir d'aussi important à lui dire. « Elle ne pouvait pas être ruinée. »

Elle le reçut très cordialement, le fit asseoir en pleine lumière et le regarda dans les yeux.

— Mon ami, je vais vous parler en confidence, répondez-moi de même ; il s'agit d'une personne qui nous est bien chère à tous deux, car je sais comme vous aimez votre belle-mère ; répondez-moi hardiment, sans réticences… Pendant son dernier séjour au Grez, avez-vous remarqué quelque chose de différent en elle?