Mais au fond de son âme ce fut une impression inquiète qu'elle eut de cette première réunion. Cependant, lorsque sa fille vint, comme d'habitude lorsqu'elles étaient sous le même toit, la trouver dans sa chambre et lui demanda si elle était contente de sa soirée :
— Tout à fait! fut sa paisible réponse ; tes amis sont charmants.
— N'est-ce pas? n'est-ce pas? dit la jeune femme, comme prise d'un besoin de les justifier tous. Mme de Comballaz a un vrai mérite ; elle est dévouée à l'éducation de ses enfants ; je n'aurai jamais le courage d'en faire autant pour Chonchon quand le jour viendra. M. Vincent de Mottelon a énormément d'esprit ; il a beaucoup voyagé ; je suis sûre qu'il te plaira. J'ai grand plaisir à causer avec lui.
— Je comprends cela, ma fille.
— Edmée Le Barrage est charmante aussi, sous ce petit air léger ; elle est un peu flirt ; mais que veux-tu? on n'est pas parfait, et elle aime beaucoup son mari ; c'est un excellent ménage.
— Ils vivent bien, c'est tout ce qu'on a le droit de leur demander. Ils n'ont pas d'enfants, n'est-ce pas?
— Non ; et elle le regrette tant! Ses neveux et ses nièces l'adorent. Ce sont de si bons enfants, fort bien élevés. La cadette des fillettes n'a que huit ans, et elle aime beaucoup Sabine.
Puis il ne fut plus question que de Sabine.
— Comme tu ne l'as plus dans ta chambre, laisse-lui avoir son petit lit ici, comme elle le désire, demanda Mme d'Épone.
— Oui, maman, certainement ; mais elle te dérangera.