— Nous tenons à montrer à mon frère les agréments et les ressources des vraies réunions de famille, car nos plaisirs se passent tout à fait entre nous, comme votre charmante fille a dû vous le dire, Madame.
— Mais, Madame, répondit Mme d'Épone, je suis ravie pour ma fille, je vous assure ; elle se félicite d'avoir un si aimable voisinage.
— Elle est trop bonne ; nous l'aimons beaucoup ; c'est une adorable femme, — et plus bas, un peu confidentiellement, elle ajouta :
— Une femme comme j'en voudrais une pour mon frère : notre rêve serait de le marier.
— C'est bien naturel.
— Il a tous les goûts d'un homme d'intérieur.
— Il paraît très aimable, en effet.
Vincent, ce soir-là, se sentait observé, mais il ne changea rien à ses manières, respectueusement familier avec Mme de Rollo. Celle-ci, par un instinct qu'elle n'approfondissait pas, faisait d'amicales coquetteries à M. Le Barrage, qui se demandait sérieusement, depuis une heure, laquelle, de la mère ou de la fille, lui plaisait le plus. Il penchait pour Mme d'Épone : elle était certainement plus belle que sa fille, et toutes deux, de même taille, avaient le même port d'élégance et de fierté. Berthe marchait comme sa mère, dont elle avait les gestes, moins mesurés toutefois. Rollo, tout fier de l'animation qui régnait chez lui, parlait à haute voix, allant de l'un à l'autre, donnant à Vincent de grandes tapes sur le dos avec une affectueuse familiarité. Il finit par l'amener auprès de sa belle-mère, l'écoutant parler avec autant de satisfaction que s'il lui eût soufflé ses paroles, et disant avec son bon rire d'enfant :
— N'est-ce pas, ma mère, nous sommes heureux dans nos voisins?
— Oui, mon cher Raymond, et je vous en félicite, répondit poliment Mme d'Épone.