Mme de Gosselies n'avait pas envie de laisser s'éterniser la situation et jugeait que les meilleurs chirurgiens sont ceux qui agissent sur l'heure ; aussitôt que sa petite-fille fut entrée dans sa chambre, elle lui dit d'une voix sérieuse de s'asseoir près d'elle :
— Mon enfant, nous allons avoir une conversation un peu douloureuse ; mais ne crains rien ; si je ne suis pas ta mère, je suis ta grand'mère, et je connais trop la vie pour ne pas être indulgente, pour mon propre sang surtout.
Berthe avait pâli, son cœur battait à coups sourds, sans qu'elle eût idée de ce qui allait venir.
— Depuis deux mois, il faut que tu saches que ta mère dépérit et me cause de sérieuses inquiétudes.
Le cri de la jeune femme sortit de ses entrailles et remua profondément Mme de Gosselies.
— Maman! maman! qu'a-t-elle?
— Calme-toi ; rien de grave, puisque je suis à te parler tranquillement. Tu l'aimes, et tu as raison ; mais tu ne sais pas à quel point tu as raison. Ma fille, n'aie pas peur de ta vieille grand'mère. Dis-moi si ton cœur ne t'a pas trahie depuis quelques mois, — ton cœur seulement, ma fille. — Réponds-moi!
Berthe ne trouvait pas une parole, la voix expirait sur ses lèvres soudain desséchées ; il lui parut qu'un fantôme se dressait devant elle.
....... .......... ...
— Oui, tu ne peux rien dire ; mais je ne me trompe pas. Tu as été mariée très jeune à un homme qui vaut son pesant d'or ; mais, je l'avoue, il n'est pas toujours adroit. Tu as cru rencontrer, tu as rencontré quelqu'un qui répondait mieux à l'idéal que toute femme se fait ; il t'a aimée, ce qui est assez naturel ; — il te l'a dit avec des respects, j'en suis persuadée… L'aimais-tu?