— Maman, explique-moi…
— Il n'y a rien à expliquer ; c'est à toi qu'il faudrait dire cela. Est-ce que tu ne me crois pas d'entrailles, que tu as pu me cacher une chose pareille? Et as-tu imaginé que j'allais te laisser mourir devant mes yeux sans essayer de savoir pourquoi? J'avais flairé quelque sottise de Berthe. Il ne va plus être question de tout cela ; seulement, tu me permettras de trouver que tu avais tenu peu de compte de moi dans tes merveilleux arrangements.
Mme d'Épone ne put s'empêcher de sourire.
— Pardonne-moi, ma mère.
— Oui, et je te prie de ne plus te mêler de rien.
Ce fut Mme de Gosselies qui se chargea de tout rétablir dans l'ordre habituel. Elle n'eut pas de peine à prouver à Raymond, qui ne demandait qu'à être persuadé, que la seule personne sérieusement à blâmer, c'était lui. Elle fit si bien même que, sans altérer la vérité, mais seulement en la présentant sous un certain jour, elle parvint à donner un très beau rôle à sa petite-fille, et Raymond dut confesser que sa femme ne pouvait être responsable des folies qu'elle inspirait. « C'est au mari à prévenir ces choses-là, et lorsqu'un homme a de l'expérience, c'est facile. » Mme de Gosselies débrouilla tout l'écheveau d'une main parfaitement habile, et rendit à sa petite-fille son mari, plus confiant et plus épris que jamais ; mais, en particulier, elle lui lava la tête d'importance et lui présenta sous leur jour véritable ces amitiés amoureuses qui paraissent si poétiques :
— Tu n'auras qu'à regarder ta mère pour te souvenir, car les cheveux blancs qui lui sont venus par ta faute ne s'en iront pas.
Mais la jeune Mme de Rollo ne voulait pas oublier ; réfugiée dans son bonheur retrouvé, elle se sentait des forces pour tous les devoirs.
Il n'y eut plus d'autre explication. Les Rollo restèrent à Paris une partie de l'hiver. La santé ébranlée de Mme d'Épone se remettait lentement ; mais quelque chose en elle avait été brisé. Elle était lasse de la route parcourue, et il lui fallait serrer bien fort sa petite Sabine dans ses bras pour ne pas aspirer au repos. La petite voit alors un nuage passer sur le visage de sa grand'mère, et, répondant aune pensée secrète qu'elle ne comprend pas, l'instinct de son cœur d'enfant lui fait dire :
— Sabine ira partout avec mémé.