CHAPITRE VII

Il y avait un garden party à Lamarie, réunion intime et sans prétention, dont le tennis était le prétexte, et du reste chacun s'amusait à sa guise. Une vingtaine de personnes triées sur le volet : les Rollo, le marquis et la marquise de Fontanieu, voisins un peu éloignés, mais se dérangeant à l'occasion, cinq ou six officiers venus de Rouen.

C'était une jolie chose que ce coin de parc, par cette belle journée d'été : ces gazons, ces arbres, les groupes animés des joueurs habillés de couleurs claires, la grâce des femmes, l'habileté des hommes, les chassés-croisés, le va-et-vient, le mouvement incessant de la balle traversant l'air.

Mme de Mottelon, assise sous une large tente parasol, regardait de loin, charmée du spectacle et d'être entourée de ses amis. Mme de Comballaz faisait les honneurs d'une grande table chargée de rafraîchissements et, du coin de l'œil, surveillait ses petites, en train d'amuser discrètement Sabine de Rollo qui voltigeait sur le gazon comme un grand papillon à ailes roses. Mme Le Barrage, couchée à demi dans un rocking chair, se faisait balancer doucement par un jeune sous-lieutenant en herbe, éperdument épris d'elle, et n'en tenait pas moins tête à deux ou trois adorateurs assis à ses pieds. De temps en temps, le sous-lieutenant effleurait des lèvres la main blanche et parfumée qui lui passait sous le nez ; mais, comme ces jeux d'enfants s'étalaient sans mystère, leur parfaite innocence ne pouvait être mise en doute. En fils respectueux, Vincent aidait sa mère à faire les honneurs et se tenait assis auprès d'elle et de Mme d'Épone, pour qui il avait de grandes attentions.

— Comment va la partie? demanda Mme de Comballaz à son mari qui revenait tout essoufflé.

— Très bien, nous gagnons ; mais je n'en puis plus : j'ai cédé ma place à Fontanieu ; donnez-moi un peu de punch, je vous prie.

— Mon pauvre Monsieur, pourquoi vous fatiguer ainsi? demanda Mme d'Épone.

— Madame, parce qu'on ne peut résister au bonheur de jouer avec Mme votre fille.

— J'admire le goût de ma fille pour un divertissement aussi laborieux, par la chaleur qu'il fait, du moins.

— C'est Vincent, dit, avec quelque orgueil, Mme de Mottelon, c'est Vincent qui leur a tourné la tête à tous.