— Mon mari est un vrai sauvage. Oh! nous ne pouvons pas le retenir ici ; il part pour Rouen demain où ma mère (ma mère, c'était Mme de Canillac) a des affaires ; mais il reviendra me chercher et nous lui apprendrons à jouer au tennis, n'est-ce pas, Madame? Je veux absolument un tennis à l'Abbaye, ma mère ne me le refusera pas, je l'espère.

— Vous pouvez même en être sûre, dit poliment Mme de Mottelon. Je crois que la partie est finie et que voilà mon fils et ces dames qui reviennent par ici.

Les demoiselles Legay, qui mangeaient des fraises, en ouvrant des petites bouches rondes, ne bronchèrent pas, ne levèrent pas même leurs paupières. Avec leur taille horriblement étroite, elles avaient l'air de deux poupées à ressort, il y avait entre les deux sœurs une émulation à celle qui aurait la taille la plus fine, et, tous les matins, elles se prenaient mesure au centimètre ; l'une avait cinquante-deux, l'autre cinquante-un, et une souplesse proportionnée ; mais elles croyaient cela délicieux. Mme de Canillac y mit moins de façon et leva le face-à-main d'écaille blonde qu'elle avait rapporté également de Paris.

— Ah! oui, je vois Blanche de Fontanieu. Vous me permettrez, Madame, d'aller à leur rencontre.

Et, contente d'elle-même, elle traversa la pelouse ; sa mère la suivait de l'œil avec admiration et jetait sur son gendre des regards attendris.

Mme de Fontanieu, avec l'air d'une gamine, quoiqu'elle fût mère de cinq enfants, pouvait, malgré sa mine jeunette et sa petite taille, avoir beaucoup de dignité. Elle s'attendait à ce qui lui arrivait, et accueillit sa cousine avec une cordialité qui n'avait rien d'exubérant.

— Ma tante va bien?

— Très bien, merci mille fois, et mon cousin de Fontanieu?

— Il continue sa partie. Antonin est ici?

— Oui, il m'a amenée ; mais il repart demain.