Mme de Mottelon, quoique médiocrement ravie, la rassura tout à fait, se déclara charmée, et Mme de Comballaz fit apporter des chaises supplémentaires.
— Vos filles jouent-elles au tennis? demanda Mme de Mottelon avec bonté.
Mme Legay avait décidé qu'elles ne jouaient pas : cela sauvait le désagrément de n'être pas invitées à toutes les parties qui pouvaient s'organiser dans le voisinage.
— Oh! mais cela s'apprend très facilement. Mon fils a été l'instructeur de toutes ces dames ; sauf Mme de Fontanieu, pas une n'avait joué auparavant.
— Ah! ma cousine de Fontanieu est ici? dit Mme de Canillac d'un air enchanté.
Et s'adressant à son mari, qui, la mine stupide, était assis regardant dans le vide :
— Antonin, Blanche de Fontanieu est ici.
— Ah!
Il n'était pas éloquent, Antonin de Canillac, et Mme d'Épone était en train de se dire qu'il était vraiment horrible, avec sa grosse figure bourgeonnée, ses yeux sans expression et sa bouche bestiale. Ce fils de famille avait l'air et la tournure d'un conducteur de bœufs. Du reste, la compagnie de ses pairs le paralysait. Mme de Canillac ne paraissait pas plus embarrassée de lui que s'il eût été l'homme le plus charmant et en faisait les honneurs avec aplomb. Elle racontait à Mme de Mottelon un récent séjour qu'elle avait fait à Paris, et pendant lequel Antonin l'avait horriblement gâtée ; on s'était amusé du matin au soir, et elle revenait comblée de tout.
Ce voyage, à la vérité, avait profité à Mme de Canillac ; elle s'était fait coiffer et habiller au dernier goût ; et, les cheveux passés d'un blond fade à un roux ardent, les sourcils accentués, corsetée à merveille, elle semblait une autre personne que la pâle Suzanne Legay : c'était maintenant une petite femme chiffonnée, assez drôle et d'un bagout intarissable.