De grands arbres cachaient entièrement le château, qui était assez loin. Le lieutenant obéit, se leva, fit quelques pas et revint.
— Madame, c'est une famille tout entière dans un immense landau ; mais elle n'a pas l'honneur d'être connue de moi!
— Il faut que ce soient des gens d'Elbeuf. C'est assommant! Ce qu'il y a d'atroce à la campagne, ce sont ces envahissements périodiques. Wimi, viens ici.
L'aînée des petites Comballaz répondit instantanément à l'appel de sa tante.
— Sans te faire voir, regarde un peu si tu distingues les personnes qui sont en voiture devant le perron.
La petite, habituée à être envoyée en vigie, eut vite donné son coup d'œil et revint avec la rapidité de l'éclair.
— Ma tante, c'est les Legay.
— Horreur! dit Mme Le Barrage ; oh! mais c'est intolérable ; sauvons-nous.
Elle partit, suivie de sa bande, pendant qu'au détour d'une allée débouchait un domestique précédant la famille Legay, marchant en file indienne. A la vue de tout ce monde, Mme Legay eut un mouvement de confusion parfaitement bien jouée, et, s'approchant de Mme de Mottelon, avec un visage désolé :
— Ah! Madame, je vous demande un million de pardons ; je vois que je suis doublement indiscrète. Mon gendre n'est ici que pour un jour, et tenait à vous présenter ses respects.