Décidément, Mottelon était de bonne humeur, car il se réjouit de n'avoir pas vu Berthe. Tout en ralentissant un peu l'allure de Président pour allumer sa cigarette, il se disait que tout allait bien pour lui ; Mme d'Épone même ne lui inspirait plus aucune inquiétude, et, en même temps, il souriait en pensant à Mme de Canillac. Il trouvait qu'elle était arrivée bien à propos pour le servir.
La Grande-Blanche avait toutes ses fenêtres ouvertes, et l'opération du balayage et de l'époussetage quotidien faisait rage. A l'approche de Vincent, un domestique, ayant encore son plumeau, accourut à la hâte, obéissant à quelque ordre invisible, et se mit en devoir de tenir la tête du cheval pour permettre à Vincent de descendre de voiture.
— Mme de Canillac?
— Oui, Monsieur.
Une femme de chambre introduisit Vincent dans l'irréprochable grand salon de Mme Legay, leva un des stores épais pour permettre à la lumière d'y entrer, se chargea de la carte avec un mot crayonné dessus que Vincent lui remit. On ne le fit pas attendre longtemps ; Mme de Canillac, coiffée à ravir, sentant bon, habillée de batiste rose toute chiffonnée de dentelles blanches, de rubans légers, fit son apparition :
— Monsieur de Mottelon, que vous êtes aimable!
Et elle s'assit sur un canapé, faisant d'un joli geste signe à Mottelon de prendre place auprès d'elle. Il fut immédiatement à la hauteur de la situation, et, levant à ses lèvres une main parfumée, qui traînait visiblement à cette intention :
— Madame, je n'ai jamais autant regretté de n'avoir que cinq minutes à moi.
— Et pourquoi?
— Pour tout ce que j'ai à vous dire.