— Comme elle aurait tort, n'est-ce pas, Madame?
— Cela dépend comme on l'entend, Monsieur. Laissez ma main, s'il vous plaît : bien au revoir!
« Il m'aime, » pensa-t-elle avec ivresse, dès qu'il fut parti ; et sur cette charmante illusion, elle bâtit des rêves délicieux.
« Elle va m'afficher, se disait Vincent avec satisfaction ; ce sera parfait, et vraiment elle est gentille. »
CHAPITRE XI
Berthe éprouvait un vif soulagement du départ de Vincent de Mottelon ; lui absent, il lui sembla se ressaisir entièrement et reprendre possession de tout ce qui l'entourait. Elle avait été épouvantée de ses propres sensations ; car, dans son âme candide, la pensée d'aimer Mottelon lui paraissait uniquement une source de désespoir. Elle savait (croyait-elle), à n'en pas douter, qu'elle mourrait mille fois plutôt que de lui laisser volontairement soupçonner une chose pareille! Ne plus aimer son cher Raymond lui semblait impossible ; elle se répétait toutes les raisons qu'elle avait de l'aimer, et combien ils étaient heureux ensemble depuis cinq ans. Souvent, elle s'était dit qu'aucune femme ne l'était plus qu'elle ; il serait horrible de perdre ce bonheur ; cela ne serait pas : elle lutterait contre un trouble involontaire, elle chasserait tout autre image de son esprit et continuerait sa vie heureuse sans une arrière-pensée, sans un regret. Rien n'était changé ; pourquoi le serait-elle?
Il fut question d'une façon banale de l'absence de Mottelon ; Rollo loua le jeune homme d'être venu prendre les ordres de ces dames.
— Il est bien élevé, il a de bonnes façons, c'est un charmant garçon, nous devrions le marier.
— Oui, ce serait une excellente idée, mais je ne vois pas à qui? dit Mme d'Épone.
— On cherche, dit Rollo ; il est certain que tout le monde ne peut pas avoir la main aussi heureuse que moi. Est-elle assez jolie, ma femme, ce matin?