— Cela vous contrarie de les rencontrer? Retournons alors ou descendez, nous couperons à pied à travers champs et Gaspard nous attendra plus bas?

— Non, non, c'est folie de ma part. Le troupeau est-il nombreux, Gaspard? demanda-t-elle en élevant la voix.

— Oui, Madame la comtesse.

Farandole allait de son trot accéléré, et, bientôt, les premières bêtes furent tout proche, elles marchaient un peu à la débandade, formant comme une ligne vivante qui barrait la route. La jument manifesta immédiatement de l'inquiétude.

— Appuyez bien à droite, Gaspard, dit Mottelon vivement.

Mais il était trop tard ; une légère panique s'était produite parmi les bêtes à cornes, et, stupides et mugissantes, elles allaient à la dérive, prenant toute la route et entourant la voiture. Farandole, tout à fait affolée maintenant, plongeait et se cambrait d'une façon alarmante. Berthe, épouvantée, poussa un faible cri.

— N'ayez pas peur, dit Vincent en la saisissant vivement par la taille ; fermez les yeux.

Et de son bras libre qui tenait sa canne, il essayait de repousser les bêtes qui se pressaient contre la voiture qu'elles menaçaient d'écraser. On entendait les clameurs furieuses du bouvier, s'efforçant avec son lourd bâton, frappant de droite et de gauche, de disperser ses bœufs. Enfin, il parvint à ouvrir un passage ; et, la route devant elle, Farandole fit un bond, tandis que les roues de la victoria, les frôlant rapidement, faisaient fuir les bêtes beuglantes et apeurées.

— Nous sommes passés, dit Vincent tendrement. Mais en même temps il leva les yeux avec angoisse ; la jument filait d'une allure endiablée :

— L'avez-vous en main, Gaspard?