— Non, Monsieur…

Ils fuyaient follement à travers la campagne. Vincent s'était rapproché de Berthe ; instinctivement, dans sa terreur, elle s'était rejetée contre lui ; il la tenait étroitement serrée :

— Soyez calme ; Gaspard aura le dessus dans un moment : il n'y a pas de véritable danger.

Elle leva ses yeux troublés vers ceux du jeune homme, et soudain, même au milieu de sa frayeur mortelle, l'expression des siens changèrent, répondant à l'appel d'amour du regard de Vincent ; il l'enveloppa tout à fait de ses bras en lui parlant dans l'oreille :

— Nous sommes ensemble! Auriez-vous peur avec moi?

Et elle sentit un léger baiser sur ses cheveux. Puis, comme la course devenait véritablement terrifiante et que le malheureux Gaspard s'arc-boutait en vain sur son siège, un silence plein d'angoisse suivit : elle murmura d'une voix étouffée!

— Il y a la barrière du chemin de fer!

En un instant, Vincent retrouva son énergie. La retenant toujours vigoureusement, il prit vivement un léger châle de laine blanche qu'il avait vu dans la capote de la voiture et lui en enveloppa la tête ; elle le regardait, les lèvres serrées, sans se défendre, éperdue de frayeur et d'une ivresse qu'elle goûtait tout entière, même dans cette angoisse qui n'était pas sans volupté.

Lui, d'une voix de maître :

— Gaspard, nous allons à la barrière qui est fermée ; il ne faut pas. Tâchez de nous jeter à gauche ; il y a un fossé, mais la terre est molle ; pouvez-vous la guider un peu?