— Je ne crois pas.
— Essayez : nous sommes perdus, si nous arrivons de ce train-là sur la barrière.
L'homme avait compris, et, de toutes ses forces, tirait les rênes. Berthe, la tête enfoncée sur l'épaule de Vincent, se sentait mourir.
— Je vous tiendrai, nous aurons un choc, ce ne sera rien… là… il arrive… N'ayez pas peur… Ah!
… Puis le cri aigu de Berthe, et Farandole, jetée d'une main désespérée vers le bord de la route, s'abattit dans le fossé, et la légère voiture roula à gauche. Gaspard avait lâché les rênes ; il alla tomber à vingt pas. Vincent, relevé en une seconde, fut aux côtés de la jeune femme qui ne bougeait pas ; le cocher accourait en boitant pour dégager sa bête qui se démenait, au risque de se briser.
Ce fut pour Vincent l'affaire d'une minute de soulever Berthe dans ses bras et de la porter à l'ombre ; puis, revenant immédiatement sur ses pas, il prit les coussins de la voiture, les plaça sous la tête de la jeune femme et, avec une anxiété horrible, se pencha vers elle ; elle était toute blanche ; ses beaux cheveux, dénoués, tombaient sur ses épaules, et le châle qui l'entourait faisait comme une auréole. Il la contemplait avec un attendrissement passionné, soudain pris d'un tel respect qu'il n'osait même dégrafer sa jaquette afin de la faire mieux respirer, non il ne pouvait pas, elle lui était sacrée dans cette minute. Avec une douceur infinie il lui dégagea la tête et, tout doucement, lui passa une main tremblante sur le front ; il essaya de lui enlever ses gants, lui frappant dans la paume et retournant entre les siennes ces petites mains inertes ; elle n'avait aucune blessure apparente, et il était persuadé que sa tête n'avait pas porté. Le cocher revenait anxieux et terrifié ; un paysan accouru des champs tenait maintenant Farandole frissonnante et calmée :
— Madame la comtesse, Monsieur, elle est blessée? Seigneur, que dira M. le comte?
— Non, évanouie seulement, je crois ; il faudrait un peu d'eau.
— Je cours chez le garde-barrière.
— Et la jument?