— Comment osez-vous?
— Comment j'ose? Mais j'ose, parce que je vous aime, et que tout m'est égal, et qu'il n'est plus question de respect ni de rien, car vous m'aimez aussi, et que je veux, entendez-vous? je veux faire passer dans votre cœur une étincelle du feu qui brûle le mien, parce qu'il n'y a de bon sur cette terre que l'amour, parce que en dehors de cela il n'y a rien, rien… entends-tu!
Et, pendant qu'elle tordait ses mains pour se dégager, violemment rejetée en arrière pour échapper à ses caresses, il la reprenait dans ses bras, et sans l'embrasser cette fois, la regardant seulement et maintenant sa tête tout près de son visage, plongeant ses yeux ardents dans les siens.
Elle le regardait, elle aussi, éperdue et fascinée, pour la première fois, elle voyait cette expression sur un visage d'homme, que le désir rend sauvage, il lui faisait peur, il la dominait, elle se sentait sans forces ; et elle éprouvait une sorte de vertige, épouvantée et attirée à la fois. Il la regarda longtemps sans rien dire, la respiration saccadée, la poitrine haletante ; puis, à genoux soudain, la repoussant, il se jeta devant elle et s'inclinant pour baiser ses pieds :
— Pardonnez-moi, pardonnez-moi!
Elle éclata en sanglots.
— Non, ne pleurez pas, pardonnez-moi ; si vous saviez ce que je vous aime en ce moment, et la force qu'il me faut! N'est-ce pas, vous me pardonnez?
Il s'était relevé et l'enveloppait dans ses bras ; mais ce n'était plus l'étreinte brutale d'un moment auparavant ; elle s'y abandonna sans crainte.
— Ne parlez pas ; vous m'aimez aussi un peu, n'est-ce pas? Vous avez un peu pitié de moi? Dites oui, dites que vous avez pitié de moi.
Elle inclina la tête, heureuse, étourdie, rassurée. Il avait son pardon ; il n'en voulait pas plus ce jour-là ; il ne voulait pas qu'elle pensât plus tard qu'il avait profité de son trouble ; il la sentait sienne.