— Méchant homme, pourquoi ne pas avoir écrit?
— Parce que j'espère bien que je suis toujours attendu.
— Le fat! Non, on ne vous attendait pas. As-tu vu maman?
— Pas encore ; mais je la connais, belle-maman : elle adore son petit gendre.
Mme Legay accourait pour recevoir ce cher gendre. Elle l'accueillit avec toute la cordialité possible, quoiqu'elle regrettât extrêmement sa venue, le connaissant peut-être mieux qu'elle n'aimait se l'avouer ; mais une fois qu'il était là, il fallait en tirer le meilleur parti possible et le mettre dans les intérêts de la famille. Elle lui dit discrètement quelques mots de ses projets :
— Bonne idée, et ça prend?
— Je n'ai pas le droit de me plaindre.
— Allons, tant mieux, on chauffera l'affaire ; j'aime mieux Suzanne ; mais Céleste est gentille aussi.
Céleste nourrissait une douce haine contre son beau-frère dont les grossières plaisanteries la mettaient au martyre ; elle regarda sa venue comme un désastre.
Mme Legay eut à rétablir l'ordre de ses places, et ce fut une affaire ; en attendant, elle fit valoir, même devant les domestiques, l'empressement touchant de son gendre, et, à sept heures, le gendre, soigneusement habillé, coiffé et rasé par le valet de chambre dont la mission de confiance consistait à le rendre présentable, prenait place à côté de son beau-père devant la cheminée vide du grand salon, prêt à accueillir les arrivants.