— Je vous cherchais, chère amie : Mme de Fontanieu veut vous parler pour le cotillon.
— Mme de Fontanieu nous aurait trouvés dans le vestibule, dit Mottelon, et si Cendrillon ne courait pas tant la pantoufle, elle n'en serait pas sortie.
Puis il salua Berthe et alla causer d'un autre côté. Elle écoutait son mari sans bien entendre ce qu'il disait ; il parlait des figures et des accessoires, et elle se répétait à elle-même : « C'est vrai, c'est fini! » Comment allait-elle supporter cela? Son cœur brûlait, elle oubliait tout… Elle répondait oui au hasard, d'un air distrait. Il fallut l'arrivée de Mme de Fontanieu, qui voulait des réponses catégoriques, pour lui faire retrouver ses esprits. Elle s'empressa aussitôt avec une activité fiévreuse, puis, comme un officier venait la chercher pour danser, elle déclara qu'elle était trop fatiguée et l'engagea à aller inviter une jeune fille.
— Il y en a de très gentilles, tenez, Mlle Mathilde Legay, qui est là-bas. Venez, je vais vous présenter.
Et elle amena le beau chasseur à Mlle Mathilde qui rougit d'un air confus et fut levée avant qu'il eût fini sa phrase ; puis, ce devoir accompli, elle traversa les salons et entra dans la bibliothèque, où se trouvaient les tables de jeu ; elle s'approcha aimablement des joueurs, s'enquit de leur fortune, félicita Mme de La Vergne, l'aînée, qui gagnait, et resta là à les regarder, avec l'apparence d'une personne intéressée, mais, en vérité, cherchant seulement l'occasion de réunir ses idées.
Non, elle ne pouvait supporter la pensée d'être si dure et cruelle. Quel mal y aurait-il à lui accorder cette entrevue qu'il désirait tant? Aucun. Lui-même était le premier à comprendre qu'elle ne pouvait être qu'à son devoir. Alors! n'était-ce pas enfantillage, lâcheté même? N'était-elle pas assez sûre d'elle-même, pour se trouver sans danger seule avec lui? Oh! qu'elle comprenait bien qu'il désirât cette consolation d'ouvrir son cœur, elle qui sentait le sien déborder et éclater ; il battait éperdument rien qu'en pensant à lui, à ses dernières paroles ; il battait des coups sourds et brefs, qui lui faisaient mal, et elle ignorait le feu qui brillait en même temps dans ses yeux!
Mme d'Épone, qui arrivait prendre place à une des tables, bien que le jeu l'ennuyât, fut frappée de l'expression du regard de sa fille ; elle s'approcha :
— Tu es fatiguée ; je suis sûre que tu as un peu de fièvre après tes émotions.
— Oh! non, maman ; je suis très bien ; notre fête réussit, n'est-ce pas? Il restera cinquante personnes pour le souper. Raymond est enchanté.
— Oui, tout marche à souhait ; mais ne t'agite pas trop ; je viens d'aller voir Sabine ; elle dort très bien.