— Ah, pauvre chérie!
Mais de quelle singulière façon ces trois mots furent dits! Dans le tumulte de son cœur, Sabine était presque oubliée ; de loin, il lui semblait sentir le regard de Vincent peser sur elle, et elle partit comme quelqu'un qui répond à un appel.
Mme d'Épone reçut immédiatement des compliments enthousiastes sur la beauté de sa fille, sur sa grâce de maîtresse de maison, et, quand le moment du cotillon arriva, elle avait, en effet, tout préparé comme quelqu'un qui en aurait eu l'habitude.
Vincent avait suggéré quelques jolis accessoires à la fois champêtres et gracieux et on comptait sur un vrai succès. Elle avait accepté de danser avec Vincent, incapable de lui refuser, quoique sa raison lui conseillât de le faire. Raymond, extraordinairement affairé, ne pensait qu'à faire placer tout le monde et tenait des conciliabules répétés avec Mme de Fontanieu ; Mme de Canillac avait dû accepter pour danseur un très jeune sous-lieutenant timide à en être bègue ; Fontanieu s'était honteusement dérobé et dansait avec Mme Le Barrage.
Rollo était bombardé par Mme de Canillac de bouquets et de rosettes ; elle l'appelait chaque fois qu'elle devait prendre un cavalier et, à la figure de la bougie, la baissa rapidement pour qu'il pût la souffler à son aise, et ne fit nullement attention aux huées que provoqua cette tricherie. Tout en tournant, elle lui dit :
— M. de Mottelon doit être comme moi, ce soir, bien triste.
— Et pourquoi serait-il triste?
— Est-ce qu'il ne part pas bientôt, et croyez-vous que cela ne lui fera pas beaucoup de chagrin?
— Oui, je crois qu'il nous regrettera.
Elle le regarda, et d'une voix énigmatique qu'on pouvait interpréter comme on voulait :