— Vous l’avez vu, alors ?
— Oui, il m’a fait appeler, j’y ai été tout à l’heure. Il est cruellement changé.
— Il a grande confiance en vous, je vois.
— Je le crois.
Une jalousie aiguë, folle, torturait le cœur de Marguerite depuis que sa mère lui avait appris le mariage probable d’Albert et de madame Varèze. Ainsi, eux, ils se voyaient librement ; cette étrangère avait le droit d’aller s’asseoir au chevet d’Albert et elle qui avait été sa femme n’avait pas même celui d’y penser. La colère étouffa tout raisonnement, et d’une voix sèche elle dit :
— Répondez à M. d’Estanger que je n’ai aucune raison de me rendre près de lui… et que je n’irai pas.
Madame Varèze s’était levée.
— C’est bien. Je lui transmettrai exactement votre réponse. Mais je dois avant de vous quitter vous délivrer tout son message. Il vous demandait au nom d’Yvonne de venir ; il était sûr qu’Yvonne vous l’ordonnerait.
Puis, sans un autre mot, se retournant, madame Varèze marcha vers la porte. Machinalement, Marguerite l’y accompagna et suivit avec elle le corridor, la laissant seulement dans l’antichambre où attendait le domestique. Sans un regard, sans un geste, elles se séparèrent.