Et elle n’avait pas répliqué, soudain convaincue.
Albert, maître de lui-même et follement désireux de la reconquérir, ne l’avait jamais alarmée. Lorsqu’il la vit de nouveau accoutumée à lui, soumise comme dans le passé à son joug, il tenta ce qui était l’unique objet de ses désirs. Au moment de la quitter, par une froide journée de décembre, et comme elle toussait pour la troisième ou quatrième fois, il lui dit :
— Je ne veux plus que tu viennes ici ; la saison est trop rigoureuse maintenant.
— Alors ? dit-elle presque effrayée.
Il la regarda, de ce regard tendre qui jadis l’aurait précipitée dans ses bras ; elle tenait ses yeux levés, attendant.
— Amie, avez-vous confiance en moi ? dit-il gravement.
Elle ne put parler et secoua seulement la tête affirmativement.
— Il y a le portrait d’Yvonne… continua-t-il. Marguerite, tu peux venir. Viendras-tu, dis ?
Elle s’était juré, son fils dans ses bras, de ne jamais céder à cette prière, et soudain à l’idée de se retrouver une heure sous le même toit que celui dont, vierge, elle avait été l’épouse, elle se sentit comme soulevée de terre. La face du monde lui sembla changée : la conviction que le lien qui l’attachait à Albert était indestructible, se fit jour dans son cœur. Elle y puisa une sorte de hardiesse nouvelle, comme rendue à la vérité.
— Oui, dit-elle, j’irai voir Yvonne.