Elle eut beau essayer de se dominer, dès qu’elle se sentit à l’abri des regards, de grosses larmes coulèrent de ses yeux, puis se changèrent en sanglots, sanglots aigus allant presque jusqu’aux cris. Navré, son mari la regardait. Le passé se dresserait donc toujours entre eux. Il savait l’inutilité des paroles en un pareil moment. Il la laissa pleurer. A la fin, exténuée, elle s’appuya contre lui, frissonnant encore de temps en temps.

L’admirable journée finissait dans une gloire d’or et de feu. La mer, comme affolée de la joie d’être, courait, lançait ses vagues transparentes. Une sorte de douceur muette s’épandait et flottait partout. Le retour s’effectua dans un semblant de paix.

XIV

Marguerite s’était sentie profondément humiliée d’être vue aux côtés d’un autre mari par celle qui avait été sa rivale heureuse. Il lui semblait que le fait de ne pas avoir conservé sa liberté la diminuait aux yeux de madame Ledru, lui enlevant le prestige de la femme outragée. En réalité par une route différente, elle avait été, elle aussi, d’un homme à un autre ! L’idée qu’elle avait deux maris vivants traversait de temps en temps son esprit comme un coup de poignard.

Attentif et triste, Lesquen lisait dans les pensées de sa femme ; et, persuadé que le silence est mauvais pour ces sortes de méditations, il lui parla le premier de sa rencontre de l’après-midi. Marguerite en fut surprise, et en même temps trouva un soulagement à exprimer quelques-unes des rancœurs qui l’oppressaient :

— Ah ! on voit bien ce qu’elle est, elle a jeté le masque. Sous son fard et avec ses cheveux teints, elle a bien la mine d’une fille.

— De tout temps elle m’avait fait mauvaise impression, mais je ne l’aurais pas reconnue.

— Elle t’avait fait mauvaise impression autrefois ? Pourquoi ? C’était mon amie.

— Son langage avec les hommes était d’une liberté éhontée.

— Qui te l’avait dit ?