Elle eut un joli éclat de rire.

— Non ; j’en ai trente-quatre révolus.

Délicieusement habillée d’une robe de velours gris, coiffée avec art, le visage poudré, elle paraissait vraiment toute jeune aux lumières.

— Et vous êtes toujours dans les mêmes idées qu’autrefois ?

— Oh ! oui, plus que jamais.

Odette parut, suivie de son grand-père. Elle semblait une statue de la Jeunesse. Admirablement parée de l’auréole épaisse de ses cheveux bruns relevés très haut et la grandissant encore, elle s’excusa en termes choisis, parlant un peu lentement, de n’avoir pas été là pour recevoir d’Estanger ; son grand-père, en même temps, accueillait plus bruyamment l’invité de sa fille.

M. Despasse était le meilleur homme du monde, uniquement occupé d’enrichir sa collection d’estampes, qui était merveilleuse. Veuf depuis longtemps, il était un peu coureur et, sous ce point de vue, donnait quelque souci à sa fille qui, occultement, le surveillait.

Depuis son veuvage, madame Varèze aurait désiré qu’il vécût avec elle, mais, jaloux de sa liberté, il s’en défendait encore, comprenant cependant qu’un jour il succomberait. Il y était résigné, reculant seulement l’échéance.

La demie de sept heures sonna, et aussitôt coup sur coup arrivèrent les autres invités de madame Varèze. D’abord un ménage ayant déjà passé la jeunesse : le mari, fatigué, silencieux et doux, professeur au Collège de France ; la femme, charmante sous des cheveux blancs, avec un visage délicat et résolu que le temps avait pâli d’une patine très douce, les yeux brillants d’intelligence. Madame Varèze l’accueillit avec des exclamations de tendresse ; malgré les vingt ans qui les séparaient, madame Bloye était une de ses meilleures amies, dont elle adorait l’esprit, la fermeté de caractère, la sécurité de relations. Odette partageait l’enthousiasme de sa mère, et pendant quelques minutes ce fut un échange de paroles tendres et affectueuses.

— Vous me gâtez, dit enfin madame Bloye, mais j’aime à être gâtée. N’est-ce pas, monsieur Despasse, que j’ai raison ?