Je n'en ai pas moins toujours regardé mon ventre comme un ennemi redoutable; je l'ai vaincu et fixé au majestueux; mais pour le vaincre, il fallait le combattre: c'est à une lutte de trente ans que je dois ce qu'il y a de bon dans cet essai.

Je commence par un extrait de plus de cinq cents dialogues que j'ai eus autrefois avec mes voisins de table menacés ou affligés de l'obésité.

L'obèse.--Dieu! quel pain délicieux. Où le prenez-vous donc?

Moi.--Chez M. Limet, rue de Richelieu: il est le boulanger de LL. AA. RR. le duc d'Orléans et le prince de Condé; je l'ai pris parce qu'il est mon voisin, et je le garde parce que je l'ai proclamé le premier panificateur du monde.

L'obèse.--J'en prends note; je mange beaucoup de pain, et avec de pareilles flûtes je me passerais de tout le reste.

Autre obèse.--Mais que faites-vous donc là? Vous recueillez le bouillon de votre potage, et vous laissez ce beau riz de la Caroline.

Moi.--C'est un régime particulier que je me suis fait.

L'obèse.--Mauvais régime, le riz fait mes délices ainsi que les fécules, les pâtes et autres pareilles: rien ne nourrit mieux, à meilleur marché, et avec moins de peine.

Un obèse renforcé.--Faites-moi, monsieur, le plaisir de me passer les pommes de terre qui sont devant vous. Au train dont on va, j'ai peur de ne pas y être à temps.