Moi.--Monsieur, les voilà à votre portée.
L'obèse.--Mais vous allez sans doute vous servir? il y en a assez pour nous deux, et après nous le déluge.
Moi.--Je n'en prendrai pas; je n'estime la pomme de terre que comme préservatif contre la famine; à cela près, je ne trouve rien de plus éminemment fade.
L'obèse.--Hérésie gastronomique! rien n'est meilleur que les pommes de terre; j'en mange de toutes les manières; et s'il en paraît au second service, soit à la lyonnaise, soit au soufflé, je fais ici mes protestations pour la conservation de mes droits.
Une dame obèse.--Vous seriez bien bon si vous envoyiez chercher pour moi de ces haricots de Soissons que j'aperçois au bout de la table.
Moi, après avoir exécuté l'ordre en chantant tout bas un air connu:
Les Sossonnais sont heureux,
Les haricots sont chez eux...
L'obèse.--Ne plaisantez pas; c'est un vrai trésor pour ce pays-là. Paris en tire pour des sommes considérables. Je vous demande grâce aussi pour les petites fèves de marais, qu'on appelle fèves anglaises; quand elles sont encore vertes, c'est un manger des dieux.
Moi.Anathème aux haricots! anathème aux fèves de marais.