— Tu es content qu’elle soit revenue ?

— Content beaucoup.

— Qu’est-ce qu’elle a eu à Fort-Archambault ? Est-ce qu’elle a été très malade ?

— Ah ! (temps d’arrêt), moi n’a pas connais. Moi pas demandé lui.

En effet, puisqu’elle est guérie, c’est un détail sans intérêt. J’admire cette logique.

Le lendemain, à tout hasard, j’envoie un homme du côté du lac Iro, qui est à peu de distance vers le Nord. Il se renseignera, et, s’il y a lieu, nous irons le jour suivant. En l’attendant, nous prendrons vingt-quatre heures de repos.

J’en profite pour me faire faire, avec de la peau de buffle et de la peau de girafe, très résistantes l’une et l’autre, deux paires de sandales, que des courroies retiendront à mes pieds. Ici, elles seraient peu pratiques, à cause de la boue et des insectes, mais au désert, je les utiliserai.

Cette journée d’immobilité est assombrie par une violente tornade — encore. La pluie tombe, par intervalles, depuis midi jusqu’au soir. Le crépuscule donne une impression d’automne. Le ciel est gris. Il fait froid.

Le village est formé d’un semis de petites cases hémisphériques, toutes semblables et ne montrant, extérieurement, que la paille dont elles sont revêtues ; disposées irrégulièrement sur un sol plan, propre et sans herbe, elles sont espacées les unes des autres, à des distances de deux et trois fois leur diamètre ; une enceinte large circonscrit, d’assez loin, l’ensemble. Je me suis réfugié dans la mienne. Elle n’a qu’une ouverture, la porte, une porte étroite, d’un mètre de haut, de sorte que lorsque je suis assis, il faut encore que je m’incline si je veux voir au delà du seuil ; alors je découvre la terre humide, et de grandes flaques où les gouttes d’eau font de petits ronds. Elle n’est pas bien gaie ; mais par ce temps maussade et hostile, je m’y sens bien enfermé, bien protégé, bien chez moi.

J’attends, dans une demi-obscurité, mon dîner, qu’on ne m’apporte pas. J’ai pour compagnons deux rats, qui vagabondent autour de ma chaise, sans timidité : mais ils sont discrets, plus que les termites ; ils ne m’ont encore rien mangé ; en retour, je les laisse tranquilles.