La diantou mérite une courte mention. C’est un instrument de musique répandu dans toute l’Afrique centrale. L’art de jouer de la diantou est le couronnement d’une éducation de jeune fille. Cela se compose d’un tube de cinquante à soixante centimètres, renflé aux deux tiers environ de sa longueur, ouvert aux deux extrémités et fait ordinairement d’une courge vide ; d’autres sont en métal.
Le maniement en est simple : l’artiste s’assied sur une natte — ou par terre — prend la diantou d’une main et en frappe, à coups cadencés, l’extrémité contre sa cuisse ; en même temps ses doigts s’élèvent et s’abaissent tour à tour, faisant résonner, sous les lourdes bagues d’argent que porte ici toute élégante, la mince paroi ; l’autre main ferme et ouvre successivement, afin de modifier le son, l’orifice supérieur. Le résultat de cette manœuvre est d’un charme discutable.
Ce n’est là, d’ailleurs, qu’un instrument d’accompagnement. Tout est dans le chant. La joueuse de diantou improvise ; elle improvise sur un air plaintif et monotone, avec des temps lorsqu’elle hésite. Les paroles sont ordinairement des allusions à des faits simples de la journée ; souvent aussi, les louanges de l’époux de la dame ; parfois enfin, lorsque celui-ci se conduit mal, et s’il est absent, la chanson prend à son égard un caractère de critique acerbe. Elle fait connaître à l’entourage les tristes côtés de son caractère.
En franchissant le seuil de ma porte, je fais la connaissance d’un nouvel animal ; il m’est tombé sur la tempe quelque chose de long et de mou. Cela glisse sur ma joue, s’accroche à mon cou. Un geste rapide m’en débarrasse, et cela tombe à terre. C’est un lézard grisâtre, plat, disgracieux et lent, d’environ 10 centimètres. Ahmed, qui le tue aussitôt, le nomme aboundigel. Il m’apprend que sa morsure est inéluctablement mortelle : « Si lui piquer toi, me dit-il, déjà toi plus moyen ouvrir ton bouche. » Somali, instruit de l’incident et toujours plein de condescendance pour mon ignorance des choses de la nature, me rassure sur les intentions de l’animal, dont la mentalité semble n’avoir pas de secret pour lui. Ce lézard, déclare-t-il, ne cherchait pas à me mordre ; il était habitué à ne voir personne dans la case dont il habite le toit ; mon arrivée a éveillé sa curiosité ; il est venu voir et, en me regardant, il est tombé sur moi. Rien de plus : une curiosité, peut-être sympathique.
Je parle de l’aboundigel, si futile que soit ce récit, parce que tous les indigènes, de quelque région qu’ils soient, m’ont répété que quiconque était mordu par lui était fatalement condamné. En revanche, mis au pied du mur, aucun d’eux n’a pu me rapporter un cas de morsure, de sorte que la nocivité de ce lézard, quoiqu’ils en disent, reste au moins douteuse. J’en ai expédié un au Muséum, où l’on pourra trancher la question.
Le lendemain matin, il n’y avait pas de nouvelles traces des lions près du cadavre du cheval. Vers la fin de l’après-midi, à l’heure où nous pouvions les rencontrer, nous avons inutilement battu la brousse. Le matin suivant, toujours rien. Je me décide à me remettre en route. Nous traversons une succession d’espaces plans que circonscrivent de toutes parts des collines basses. Le sol est couvert d’une herbe courte et nouvelle. De nombreux arbustes, où les talhas aux maigres feuilles dominent, sont semés partout, formant un immense bois sans ombre. Les collines montrent une roche d’un jaune tantôt grisâtre, tantôt presque rougeâtre ; divisées, morcelées, éboulées, une chétive végétation s’élance de leurs multiples fissures. Tout ce que j’ai vu du Ouadaï offre cet aspect ; on ne sort d’un de ces grands cirques que pour passer dans un autre, et le regard, jusqu’à Biltine, à trois jours au nord d’Abéché, trouve constamment devant lui les mêmes plaines pauvrement boisées, vite limitées par les flancs pelés, tachés de vert, hérissés de débris, de reliefs aux faîtes déchiquetés.
Le dernier jour — le quatrième ou le cinquième après avoir quitté Am Dam — on gravit longtemps une faible pente, au milieu d’affleurements rocheux ; on traverse, par des chemins que l’eau des tornades a creusés profondément, une crête peu élevée, mais qui jusque-là avait masqué l’horizon, et on aperçoit tout à coup, au fond d’une de ces plaines, large de dix à douze kilomètres, et bornée, comme les précédentes, d’arides chaînons, la capitale du Ouadaï : le poste et le camp des tirailleurs, quelques maisons pour le logement des officiers ; un grand marché, de construction toute récente ; les quartiers indigènes, partie en terre, partie en paille ; tout cela s’étale, avec de larges intervalles vides, sur une surface d’environ deux kilomètres de diamètre. Deux fleuves y creusent de faibles dépressions, presque toujours à sec.
La population d’Abéché, jadis plus forte, est tombée, il y a une dizaine d’années, à 4.000 habitants à la suite d’une terrible famine qui a provoqué à la fois des morts et des émigrations. Elle est maintenant remontée à 8.000 environ. C’est un centre de trafic important par sa situation géographique en même temps que par son activité. Le commerce y est tout entier entre les mains de riches indigènes et de Syriens ; il y avait aussi, lors de mon passage, une maison grecque. L’importation et l’exportation se font principalement par le Soudan anglo-égyptien et par la Libye ; dans le premier cas, elles empruntent la route bien connue d’El Facher, El Obeid, Khartoum, Port-Soudan, déjà suivie par de nombreux Européens ; dans le second cas, elles passent par Ounyanga, Koufra et Djalo ; cette voie est celle que je me proposais de prendre.
L’exportation porte notamment sur le bétail et sur l’ivoire ; l’importation, sur des étoffes, des conserves, le thé, les cigarettes, la parfumerie, le sucre, etc. Chaque commerçant, le plus souvent, fait l’une et l’autre. Cette énumération est d’ailleurs loin d’être complète, et je renvoie les personnes qui s’intéresseraient professionnellement à la question, aux rapports techniques que j’ai déposés au Ministère des Colonies.
De même que dans le Salamat, les indigènes, au Ouadaï, sont surtout pasteurs. De même que dans le Salamat, ils cultivent le coton, quoique en petite quantité, et le tissent habilement pour leurs besoins personnels. Au point de vue alimentaire, le mil constitue le principal de leurs récoltes. La plus grande partie des travaux agricoles ou autres est d’ailleurs faite par les femmes.