A deux heures, une petite caravane arrive. Les voilà enfin ! Mais non. Ce ne sont que trois captifs d’un commerçant d’Abéché, récemment parti pour Koufra. Ils ramènent au Ouadaï des chameaux appartenant à leur maître. Néanmoins, ils apportent des nouvelles. Ils ont rencontré les Fezzanais il y a deux jours ; puis, sur leurs traces, et déjà tout près d’eux, les goumiers, avec le guide que précisément le capitaine leur avait dépêché pour leur ordonner de revenir. Ceux-ci leur auraient dit qu’ils allaient arrêter les Fezzanais au puits de Sarra, et m’y attendre. Cela devient incompréhensible et, en tout cas, désastreux. Je ne puis maintenant être à Sarra avant six jours. La contrée, comme je l’ai dit, n’offre aucune ressource. Nos gens n’ont emporté que quelques dattes pour eux, rien pour leurs chameaux. De leur côté, les Fezzanais, selon l’habitude des indigènes, ne doivent avoir pris qu’un strict minimum, calculé parcimonieusement sur un trajet total de douze jours, et excluant, jusqu’à Koufra, toute possibilité d’arrêt en dehors des repos quotidiens. Ces circonstances constituent un ensemble inquiétant. Nous relevons heureusement, dans le récit des arrivants, une contradiction de dates qui nous laisse l’espoir d’une confusion de leur part.

Un des squelettes humains de la route de Koufra, et mon chameau, tenu en main par Ahmed.

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Le puits de Sarra, entre Tekro et Bichara.

Le puits est au pied du monticule, derrière mon camp, à gauche.

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En tout cas, il faut aviser, et sans retard. Nous nous arrêtons, avec le capitaine, au plan suivant.

Je vais partir demain. Je laisserai à Tekro quatre de mes hommes. Il m’en restera six, plus Denis et Ahmed, plus les deux guides, plus le caporal goumier que je prendrai en route. C’est suffisant. Quatre de mes chameaux vont se trouver ainsi disponibles ; avec un autre qui, déjà, n’a pas de charge — il est toujours bon d’avoir un animal en surnombre — cela en fait cinq. Le gros de la section méhariste demeurera au puits. L’adjudant Souverain m’accompagnera seul jusqu’à la frontière, avec une escouade. Cela permettra à la section de me donner presque toute la paille qu’elle devait emporter pour venir avec moi ; à Tekro elle n’en a pas besoin. Je chargerai cette paille et des dattes sur les cinq chameaux susdits. Quand je rencontrerai les goumiers et les Fezzanais, je ravitaillerai tout le monde. Le sergent goumier rejoindra la section avec le guide. Le caporal et les Fezzanais rebrousseront chemin avec moi. C’est la seule solution. Je désigne les hommes que j’élimine. Mon effectif, finalement, est le suivant : Toroe et Sidia, d’Ounyanga, guides ; Denis et Ahmed, serviteurs ; Doma, Suleyman, Fezzanais fixés au Kanem ; Allanga, Koti, Guetté, Degoré, Gorânes ; ces six derniers viennent comme partisans. Je passe la fin de la journée à revoir des détails d’équipement. On fera boire les chameaux demain matin entre huit et dix heures, et à deux heures nous nous mettrons en route.