Souvent, lorsque je suis avec lui, un homme vient lui parler pour affaire de service. Devant les fautes même, il reste bienveillant et paternel.

— « Les gens d’ici n’ont pas de tête, me dit-il parfois. S’ils étaient méchants, nous les punirions avec rigueur ; mais ils ne sont que légers. »

Rhed vient me dire au revoir. Il m’a rendu peu de services. C’est toutefois un très brave homme ; il manque seulement d’autorité. Je lui fais quelques présents qui l’enchantent.

Chaque jour j’envoie Doma saluer pour moi Sidi Rida, qui me répond de même. A aucun moment je ne l’ai vu sortir du petit enclos qui entoure sa tente et protège le mystère de sa vie privée. Il dort tard le jour, me dit le wakil ; il travaille et prie presque toute la nuit.

Je lui rends visite la veille de mon départ. Nous causons, cette fois, plus longuement. Il se montre renseigné sur beaucoup de choses. Il possède à Djerboub un cinématographe « marqué d’un coq ». Il m’invite à revenir.

Je trouve ici, comme à Koufra, une préoccupation hospitalière de ma sécurité. Doma, qui me renseigne sur l’opinion, quand il y pense, me dit que la manière dont je suis arrivé, en m’en remettant entièrement à la loyauté des Senoussia, a fait partout la meilleure impression. On en a conclu, sans réserve, à la pureté de mes intentions.

J’engage un serviteur, que le wakil, enfin, m’a trouvé. C’est un esclave ouadaïen qu’on appelle El Hadj Bakrit ; il a été quelque temps au service de Sidi Idriss. Il fera mes repas.

Le jour fixé pour mon départ, un Arabe de Djalo se présente à la porte de ma tente. Il m’apporte un bout de papier, une lettre : un « prizonié » qui m’appelle « Monsieur le Fransé » me dit avoir confié cette missive à un « mousso » — c’est l’Arabe — et me donne son adresse à Marseille : rue Oupfans, 85, 55 ou 35 ; il écrit peu lisiblement. Il signe Mourl. C’est tout. L’Arabe ajoute qu’il serait heureux de recevoir un secours de 10 francs.

J’ai déjà entendu parler en route, par Ratab, d’un prisonnier italien qui aurait obtenu la vie sauve dans un combat en se réclamant de la nationalité de sa mère française. C’est celui-là, paraît-il. Encore que cette version soit bien invraisemblable, je constate qu’elle est du moins répandue ici. Je donne les dix francs et je propose à l’envoyé d’intervenir pour obtenir la libération du captif. Il me prie instamment de n’en rien faire ; il insiste pour que je garde absolument secrète la commission dont il s’est chargé. Je pourrais provoquer des sanctions.

Cette libération est, paraît-il, déjà décidée pour une époque très prochaine ; et l’homme n’est nullement maltraité.