APPENDICE
Afin de donner aux personnes qui liront ce livre une idée au moins approchée du lac Tchad, dont j’ai parlé à plusieurs reprises, j’extrais du récit d’une précédente mission, publié par L’Illustration du 15 juillet 1922, les quelques pages suivantes.
Il convient de remarquer que la traversée du Lac Tchad a été effectuée maintes fois. C’est une question de saison et d’embarcation. Sous ce double rapport, les circonstances m’avaient amené à l’entreprendre dans les conditions les moins favorables : d’où les obstacles que j’ai rencontrés.
SUR LE LAC TCHAD
J’ai quitté Mao, la petite capitale du Kanem, le 22 juillet[25]. Le poste est construit sur une large dune, qui descend en pente douce, de tous côtés, vers une dépression circulaire. Sur le sable avoisinant, que pointillent uniformément d’un vert un peu gris de petits épineux et de dures touffes d’herbe, trois larges taches sombres, à quelques centaines de mètres, accusent la présence de trois palmeraies. Autour, disposées en étoile, cinq pistes droites s’amorcent au bas de la dune, montent légèrement et se perdent : ce sont les routes de Moussoro, de N’gouri, de Bol, de Rig Rig, de Bir Alali.
Ma caravane comprenait deux gardes, mes boys Somali et Ahmed, mon cuisinier Denis et un petit bonhomme du nom de Mahmadou, qui aidait tantôt l’un, tantôt l’autre ; j’étais à cheval, et cinq bœufs portaient mes bagages.
J’allais à Fort-Lamy, que je me proposais de gagner par le lac Tchad et le Chari ; j’avais été mis en garde, par un radio de M. le gouverneur Lavit, contre les surprises que peut ménager le lac en cette saison ; cependant, je ne pouvais me résoudre à laisser passer l’occasion de prendre contact avec une des seules régions de l’Afrique qui gardent encore un prestige aux yeux des voyageurs ; et j’avais décidé de me rendre au village de Bol, que cinq étapes séparent de Mao, pour m’embarquer.
On sait que l’étendue du lac Tchad, d’ailleurs variable avec les années et les saisons, est environ 42 fois celle du lac de Genève. Il reçoit deux fleuves : à l’Ouest, la Komadougou ; au Sud, le Chari, sur la rive droite duquel est Fort-Lamy. Sa profondeur, généralement très faible, ne dépasse pas 6 mètres. Il a déjà été étudié et décrit, principalement par la mission Tilho.
J’extrais les notes qui suivent du journal de voyage que je rédigeais régulièrement chaque soir.
26 juillet. — Je vais voir le lac aujourd’hui. Une fois de plus, je m’efforce, avant d’arriver, de m’imaginer ce qu’il peut être ; en rapprochant les uns des autres quelques détails qui m’ont été donnés en France, j’évoque le spectacle d’une immense flaque d’eau triste, semée d’îles marécageuses, entourée elle-même d’une large ceinture de boue en partie couverte de roseaux.