Il dédaigne mon ironie.

— Moi content toi voir mon femme.

— Je ne comprends pas. Voir ton femme ? D’abord, es-tu marié ou non ?

— Ah ! (Un temps.) pas encore. Lui pitit. Moi marier lui un an maintenant.

— Dans un an ? C’est bien imprudent. D’ici là, il peut se passer bien des choses, mon pauvre Denis.

— Ah ! (Un temps.) pas moyen. Son mère ici, y garder lui.

— Enfin, c’est ton affaire. Alors, voyons, montre-la moi.

— Voilà lui.

Il se retourne, fait un signe, puis me regarde avec attention, guettant mon impression d’un air satisfait.

Dans l’ombre de la galerie qui entoure le petit bâtiment où je suis installé, silencieusement, une silhouette grêle s’estompe, s’approche, se précise. Je vois apparaître une jeune personne, assez grande, qui doit avoir quelque chose comme onze ans. Elle est vêtue avec goût d’un petit triangle de coton bleu grand comme la moitié de la main, qui cache ce qu’il est décent de dissimuler, d’une ceinture de perles — un seul rang — et d’une petite tige de bois de la taille d’une allumette, élégamment piquée dans sa narine droite. Elle me salue avec une timidité qui n’est pas sans grâce, et se met immédiatement à quatre pattes, en jeune fille bien élevée qu’elle est. C’est d’ailleurs la première fois que je vois adopter cette attitude en pareil cas. Elle la conservera tout le temps que durera notre entretien, forcément assez bref. Sans doute est-ce un raffinement de civilité dans l’expression de la déférence. Je l’interroge avec bienveillance, en arabe maintenant :