La préférence à donner à tel ou tel de ces coups dépend de la position de l’animal, de la distance, de l’adresse du chasseur, de l’arme dont il se sert. L’occasion que je préfère de beaucoup est celle de l’épaule, de profil, en cherchant le cœur.

On lira avec fruit, sur cette question, l’appendice qui termine les remarquables récits de chasse de M. Edouard Foa, de qui l’expérience était très supérieure à la mienne. Je m’en suis beaucoup inspiré, l’ayant étudié avec soin, avant de chasser moi-même. Il est plus complet que ce bref aperçu, où je ne donne que les coups que j’ai personnellement adoptés. On doit retenir, — il le dit aussi, et je l’ai constaté — que les coups qui n’atteignent pas les parties vitales ou motrices sont sans effet utile.

La matinée du 2 juin est consacrée à des préparatifs de départ. Je quitte Kioko à trois heures, y laissant une partie des charges et n’emmenant avec moi que Denis, Somali, Paki et son boy, un garde, huit porteurs, quelques pisteurs de bonne volonté pris au village.

Nous allons nous mettre à la recherche des éléphants, qui sont signalés tout près, à Bali, et pour plus de mobilité, je coucherai sous ma tente, au hasard de nos pérégrinations. La femme de Paki lui a préparé un couscous spécial, dont elle m’offre, et qu’elle veut qu’il emporte. Il y entre du mil, des arachides, du miel, et même un peu de terre. Ce n’est d’ailleurs pas mauvais, à part la terre, et malgré le dédain que Denis affecte pour ce mets qu’il n’a pas confectionné. Elle me déclare qu’elle va être très triste, ce soir, de notre départ, et qu’elle ne manquera pas de pleurer l’absence de son époux. Je lui offre de venir avec lui. Alors, elle me confie qu’elle préfère, tout de même, rester tranquille. J’aime cette naïve sincérité. Elle est essentiellement reposante. La paix de l’âme est auprès des simples.

Nous arrivons après une heure au petit village de Bembé. Paki avait fait prévenir de mon passage, pour que deux hommes, connaissant bien les possibilités de chasse de la région, se tiennent prêts à nous accompagner. Nous le trouvons à moitié vide. Il n’y reste que des femmes, quelques malades, et les vieillards. Le chef est parti, m’assure-t-on, avec tous ceux qui auraient pu nous être utiles, dès qu’il a connu notre approche. La mauvaise volonté paraît indiscutable.

Je dis à ceux qui sont là que j’entends voir le chef se présenter le lendemain à mon campement sous peine d’une punition sévère. Personne ne semble impressionné. Malgré tout, je demeure circonspect. Je ne parle pas le Sara, et je ne puis rien saisir des propos qui s’échangent. Il est bien surprenant que ces gens, me sachant si près, aient pris une attitude aussi étrange. Au surplus, je reste dans la région, et je suis sûr d’avoir le dernier.

Notre file, une vingtaine d’hommes, s’engage dans le sentier de brousse qui, vers cinq heures, nous conduira devant le bahr Hadid. Nous en descendons la rive argileuse, haute de cinq à six mètres et presque à pic. Il n’y a d’eau que dans les parties profondes. A notre droite, à notre gauche, s’étendent de grandes mares. Devant nous, le lit du fleuve est presque à sec ; on y voit grouiller les poissons ; Denis s’amuse à les poursuivre.

Nous voici maintenant dans de hautes herbes vertes ; puis nous remontons une pente, et gagnons la rive opposée. C’est une vaste plaine où des bouquets d’arbres puissants sèment des îlots d’ombre et de mystère. Le fleuve s’y montre et disparaît selon les caprices de son cours encaissé et sinueux. Nous marchons quelque temps encore. Puis, au milieu d’une clairière silencieuse, les porteurs posent leurs charges, et je fais monter ma tente. On dresse près d’elle ma table. Les feux s’allument. La nuit est venue, sans lune encore, mais constellée d’innombrables étoiles. Des souvenirs traversent ma pensée. Je m’arrête à certains d’entre eux. Quelle sérénité l’on acquiert à voir de loin, devant la nature, tout ce dont, jadis, on s’est ému !

Le jour levant nous trouve en route. Nous apercevons quatre girafes, que je laisse. Nous suivons plus de deux heures une piste de buffles. Nous les apercevons deux fois, mais de loin chaque fois, et déjà en alerte. Le vent souffle derrière nous, et ils nous sentent.

Nous rentrons ; trois girafes, encore, passent si près de nous, que je sacrifie l’une d’elles à la convoitise de mes hommes.