C'est ainsi qu'on adulait ce monarque adolescent et qu'on fomentait en lui le goût des guerres et des conquêtes. Les poëtes n'étaient pas les seuls qui fissent des prédictions en sa faveur: les astrologues, qui conservaient encore un assez grand crédit, assuraient que dans les astres on découvrait des pronostics funestes à tous ceux qui s'opposeraient à son autorité[ [830].

Louis remplissait encore d'autres rôles dans ce ballet de la Nuit, d'un genre plus gracieux et moins héroïque. Des stances, assez longues, qu'il avait à débiter sous la figure d'un des Jeux qui sont à la suite de Vénus se terminaient ainsi:

La jeunesse a mauvaise grâce

Quand, trop sérieuse, elle passe

Sans voir le palais d'Amour;

Il faut qu'elle entre; et pour le sage,

Si ce n'est pas son vrai séjour,

C'est un gîte sur son passage[ [831].

Je remarque que dans cette pièce et dans celles du même genre qui suivirent on céda trop facilement aux inclinations que Monsieur avait pour les habillements de femme, et qu'il faisait partager à ceux qui l'entouraient. Dans ce ballet, le jeune marquis de Villeroy, fils de son gouverneur, élevé avec lui, fut habillé en femme, et représentait une coquette, tandis que Monsieur jouait le rôle de son galant[ [832]. Sans doute de tels travestissements n'avaient rien que de plaisant, rien que d'innocent entre deux enfants de douze à treize ans; mais la suite en fit voir les déplorables conséquences, et démontra combien l'influence des premières impressions est dangereuse[ [833].